dimanche 14 janvier 2018

Victor Horta : La maison Frison en voie de rénovation

La verrière du jardin d'hiver
37 rue Lebeau Victor Horta (1894)
Dans le quartier du Sablon, l'une des premières maisons construites par Victor Horta, au 37 rue Lebeau,  pour   l'avocat  Georges Frison, va bénéficier d'une très grande opération de rénovation . Son ancien propriétaire, l'antiquaire J. Visser,  qui avait déjà beaucoup travaillé à la remise en état de ce chef d'oeuvre vient donc de  passer le relais à une grande dame indienne, Mme Nupur Tron, l'épouse de l' actuel l'ambassadeur de l'Inde à Bruxelles. 


Façade
défigurée
en 1955
Mosaïques en coup de fouet
du rez-de-chaussée
Telle quelle est actuellement, la maison Frison ne paie guère de mine (voir notre promenade n°5). Sa façade avait été particulièrement abimée en 1955 par un antiquaire qui avait voulu lui imposer une grande vitrine commerciale...mais à l'époque l'oeuvre de Horta était si méprisée que dix ans plus tard c'est la Maison du Peuple toute entière qui fut impitoyablement rasée dans ce même quartier 


Le décor des plafonds imaginés
par Victor Horta (1894)
Malgré ces malheurs historiques, la maison Frison  édifiée en 1894, a toujours émerveillé ceux qui l'on visitée ces dernières années tant le travail et l'esprit innovateur du très jeune Victor Horta y ont été prodigieux.  La Fondation créée par Mme Nupur Tron  permettra sans doute de redécouvrir ce lieux dès la fin de 2018.
Vitrail ultra moderniste pour l'époque. Victor Horta (1894)
Le départ de la rampe d'escalier
qui a fouetté l'imagination d'hector Guimard
lorsqu'il créa les stations du métro parisien
Victor Horta 1894 


dimanche 7 janvier 2018

9ème promenade - Magic squares

9ème promenade
Magic squares 

Point de départ : métro Maelbeek (ligne 1-5) ou la gare SNCB Schumann. Bus 59 (Livingstone), 60-63-64 (Ambiorix)
En sortant de la gare ou de la station de métro descendre vers la chaussée d'Etterbeek en direction du square Marie-Louise. Prendre, à droite, la rue Stévin jusqu'à la rue Saint-Quentin.

Vous allez entrer dans un des quartiers les plus stupéfiants de Bruxelles.  Préparez-vous bien. La promenade est longue  mais vous en reviendrez éblouis. Commençons par la rue Saint Quentin

1 – 30 et 32 rue Saint Quentin, les deux premières maisons de Gustave Strauven

Profil du balcon
du 32 rue Saint Quentin
(Gustave Strauven)
En 1896, Gustave Strauven n'a que 18 ans lorsqu'il  entre comme collaborateur chez un  Victor Horta en train de mettre la dernière main à la Maison du Peuple (1898,détruite en 1965) et à l'Hôtel van Eetvelde que vous allez voir un peu plus loin. Trois ans plus tard, en 1899, le jeune élève , 21 ans à peine, construit ses deux premières maisons rue Saint Quentin pour une certaine dame Spaak. Deux maisons modestes mais qui annoncent déjà l'extraordinaire exubérance de cette future star de l'Art nouveau bruxellois.


La façade exubérante du 30 rue Saint Quentin
(Gustave Staruven) 
Au 30, l'utilisation innovante de l'acier lui permet d'appuyer son balcon sur le mitant des fenêtres du rez-de-chaussée et de le faire s'envoler dans une verve de fers forgés directement inspirée par le maître Victor. Au 32 le balcon n'est plus en fer mais en pierres bleues sculptées en ondes mouvantes. Remarquez que d'une façade à l'autre Gustave Strauven change la gamme des couleurs, des briques de parement et leur rythme  
Tête de la rampe 
d'escalier
sans doute 

dessinée 
par Strauven 

L'intérieur bourgeois de ces maisons contraste singulièrement avec la virtuosité virevoltante  de Gustave Strauven...comme s'il y avait un divorce, une  incompatibilité quasi métaphysique,  en entre l'âme bourgeoise des futurs propriétaires et la révolution esthétique qui impose ses lois comme un fait d'évidence. De là sans doute le hiatus stupéfiant entre tous les éléments architecturaux et le grand vitrail romantique  derrière les ferronneries du balcon du n°30
Le grand vitrail faustien du 30 rue Saint Quentin
(artiste inconnu)
Détail sous la corniche du 32 rue Saint Quentin
(Gustave Stauven)
 

Après ce festival architectural, redescendez jusquà la chaussée d'Etterbeek et dirigez vous vers le quartier des quatre squares (Guttenberg, Marie Louise, Ambiorix et Marguerite).

2– Quatre squares et une avenue


 Aménagé vers 1880 par Gédéon Bordiau sur un long terrain incliné traversé perpendiculairement et souterrainement par une voie de chemin de fer, cet enchaînement de squares constitue encore aujourd'hui une des plus remarquables réalisations urbanistique bruxelloise mêlant grottes, 


Le square Marie Louise avec son étang et  la Cigale sculptée par  Emile Namur (1900)
cascades, étangs, jets d'eau, jardins, et... sculptures. Parmi ces dernières, la ravissante jeune fille nue – dite La Cigale - a été sculptée en 1900 par Emile Namur... En vous plaçant à côté d'elle, vous aurez une vue superbe sur  
L'hôtel Van Eetvelde, 
Victor Horta (1895)
l'ensemble des squares et, juste au-dessus de la fausse grotte en rocaille vous aurez un premier aperçu de l'une des plus belles maisons de Victor Horta, l'hôtel Van Eetevelde avec sa façade rose-gris étincellante sous le soleil. Mais avant de remonter le long de ces squares arrête-vous un instant dans le petit square Gutenberg



3 – Armand Van Waesberghe se déchaîne square Guttenberg (et rue Philippe le Bon).

19 square Gutenberg
Armand van Waesberghe (1896)
Jeune prodige, véritable Rimbaud de l'Art nouveau, Armand Van Waesberghe n'avait que17 ans lorsqu'en 1896 il édifia sa première maison au n° 19 square Guttenberg. Tous les éléments de l'Art nouveau s'y trouvent déclinés avec talent: la porte ajourée avec ses fers forgés et son encadrement de pierre bleue fluide, le balcon avec son garde-corps délicat dont la figure centrale rappelle celle de la porte. 

 Deux ans plus tard, plus assuré, plus audacieux et plus maître de son art que
5 square Gutenberg
Armand Van Waesberghe (1898)
jamais,  il construit avec plus de volubilité encore les n° 5 et 8 du square Gutenberg. Mais cet architecte sorti à peine de l'enfance poursuit son équipée solitaire.  Le 5 du square Gutenberg est comme l'esquisse de ce qu'il construira deux ans plus tad dans la rue voisine au 55 rue Philippe Le Bon. 
55 rue Philippe Le Bon
Armand Van Waesberghe (1900)

Là, l'encadrement de pierre bleue de la porte et de l' imposte se prolonge en une ligne sinueuse stupéfiante autour des fenêtres du demi sous-sol et du rez-de chaussée. Un peu mystérieux, deux beaux graffites rouges brun et ocre, les fers forgés et les vitraux confèrent à l'ensemble une poésie très personnelle.C'est le chef d'oeuvre ou en tout cas l'oeuvre 

 magistrale qui clôture l'éphèmère carrière architecturale d'Armand Van Waesberghe. Elle n'a duré que six ans et et lui a permis de construire une quinzaine de maisons toutes dans le style de l'Art nouveau (*)
Le mystère d'un sgraffite
Armand Van Waesberghe (1900)

(*) 50 et 52 avenue de la Brabançonne, 18 et 20 avenue Ducpétiaux, 52 rue d'Irlande, 85 rue Faider, 19 drève des Weigélias, 49 rue de Theux, 26 rue Van Campenhoudt et 84 rue Saint George (voir l'article consacré spécifiquement à A. Van Waesberghe)

Porte d'entrée 70 rue Philippe Le Bon
Victor Taelmans (1899
Juste en face, au 70 rue Philippe Le Bon, Victor Taelmaens (promenade n°3) a construit en 1899 une autre très belle maison Art nouveau. Son esthétique sereine, proche de celle d'Octave Van Rysselberghe (promenade n°1), contraste singulièrement avec les envolées déjantées d'Armand Van Waesberghe. Comme quoi, l'Art nouveau est une affaire très personnelle. 

46, rue Cardinal, porte d'entreée
Benjamin de Lestré de Fabribeckers (1900)
4 - 48 rue Cardinal, Benjamin de Lestrée en jette plein la vue 

Quittez le square Gutenberg et remontez le long du square Marie Louise jusqu'à la rue  Cardinal. Au 46, Benjamin de Lestré de Fabribeckers, architecte prolifique dans tous les styles,
y a créé une superbe maison dont les principaux attraits sont la magnifique porte d'entrée au grand vitrail en queue de paon qui se poursuit naturellement dans l'imposte. La grande baie du rez-de-chaussée avec son
encadrement de petits bois et ses vitraux peuplé d'iris (la fleur symbolisant Bruxelles) est aussi une pure merveille. Le reste de la façade est à l'avenant mêlant généreusement vitraux, bas reliefs et ferronneries
46, rue Cardinal, détail de la façade
B. de Lestré 
de Fabribeckers (1900)
Il faut voir cette façade de nuit, éclairée de l'intérieur, pour saisir pourquoi les bourgeois bruxellois, plutôt conservateurs de nature, adoptèrent avec enthousiasme l'extraordinaire révolution esthétique qui leur était proposée. 

En face, maison Art nouveau construite en 1899 par S. Daeyer.  

5 – 2 et 4 avenue Palmerston. Le bijou délicat de Victor Horta : l'hôtel Van Eetvelde (1895-1897),

Diplomate de formation, Edmond Van Eetvelde fut nommé Secrétaire Général de l'Etat indépendant du Congo dont le souverain, depuis 1885, n'était autre que le roi des Belges, Léopold II.
4 avenue Palmerston, Résidence d'Edmond Van Eetveld
Secrétaire général de l'Etat indépendant du Congo
Victor Horta (1895)
En 1895, il demande à Victor Horta de lui construire au  
4 avenue Palmerston une résidence personnelle qui symboliserait aussi les potentialité futures du Congo. D'où un intérieur extraordinaire qui a fait fantasmer un nombre incroyable d'admirateur. Les boiseries du bureau, en acajou clair du Congo et corail, forment un des plus beaux décors encore existants, dû à l’architecte. Quant à la verrière vitraillée qui éclaire le hall de réception elle est positivement sublime. Cette maison est aujourd'hui la propriété de la Figaz, une société gazière belge.
Au fil du temps, Edmond Van Eetvelde fit
2 (et 4) avenue Palmerston
Victor Horta 
contruire deux annexes à la maison initiale, une à gauche avec la grande verrière éclairant une salle de réunion et une autre à droite. Et puis, il demanda à l'architecte de construire encore le
n°2 de l'avenue Palmerston qu'il destinait à la location. C'est donc un ensemble en quatre temps que l'on peut admirer aujourd'hui. Mais la partie plus remarquable est incontestablement la première. Horta utilise pour la première fois
Détail de la structure métallique
du 4 avenue Palmerston
Victor Horta (1895)
dans une maison privée une structure métallique qui encadre les fenêtres et supporte les étages, d'où l'élégante légèreté de cette façade. Sobrité aussi des éléments décoratifs comme ces panneaux en mosaïque deux tons rehaussés de lignes abstraites en coup de fouet, invention du
Panneaux décoratif du balcon
du 3ème étage, 4 avenue Palmerston
Victor Horta (1895)
maître qui fut imitée par beaucoup d'architectes et de décorateurs parmi lesquels Hector Guimard en son métro parisien.. Même observation pour la grille d'entrée qui décline les mêmes motifs.
En même temps qu'il construit l'hôtel Van Eetvelde,Victor Horta
Entrée du 3 Avenue Palmerston
Hôtel Deprez-Van de Velde
Victor Horta (1895
)
entreprend, juste en face, au n°3 de l'avenue Palmerston, la construction de  l'hôtel Deprez-Van de Velde (du nom des propriétaires de la célébrissime cristallerie du Val-Saint-Lambert).  Transformé et agrandi à plusieurs reprises cette belle maison a conservé quelques-unes de ses caractéristiques essentielles.


6 – La Folle Chanson de Jef Lambeaux
La Folle Chanson 
de Jef Lambeaux
(1884)
Entre l'Hôtel Van Eetvelde et l'Hôtel Deprez-Van de Velde, au milieu du parterre de l'avenue Palmerston trône une superbe sculpture de Jef Lambeaux: la provocatrice, orgiaque et sensuelle Folle Chanson. L'emplacement hautement symbolique de ce groupe voluptueux ne doit rien au hasard: l'oeuvre de Victor Horta et celle de Jef Lambeaux sont intimement liées (voir notre article "Passions humaines, Cinquantenaire et Maison Cauchie", du 31 mars 2016 où l'on explique comment l'oeuvre fondamentale de Jef Lambeaux - Les Passions humaines - abritée dans le pavillon Horta du Parc du Cinquantenaire fait toujours l'objet d'une demi censure  en raison de sa proximité avec la Grande Mosquée de Bruxelles)
Et tout en contemplant ce groupe sculptural voluptueux remontez l'avenue Palmerston jusqu'à l'angle de la rue des Eburons. Le détour vaut  le coup d'oeil.


7 – 50 square Ambiorix, la Maison des Quakers


Aujourd'hui la Maison des Quakers
Georges Hobbé (1898)
Le coin du square Ambiorix et de la rue des Eburons est meublé par une maison en brique rouge d'apparence classique construite par Georges Hobbé (promenades n°1 et 5) en 1898. Mais le grand bow- window blanc et celui moins imposant au dessus de la porte d'entrée lui confère une note Art nouveau très caractéristique. Hobbé utilise aussi la pierre blanche pourrythmer la façade de façon très personnelle (menaux et lintaux des fenêtres) . 
L'architecte qui s'affirmait  aussi comme décorateur a assurer intégralement la mise en scène intérieure de cette maison
ce qui nous vaut un festival de portes et de 

Ce décor intérieur qui a été entièrement préservé depuis un siècle  
Georges Hobé (1898)


 vitraux Art nouveau  ainsi que l'utilisation pour recouvrir les murs d'un papier spécial qui fait encore rêver les spécialistes. Fabriqué
Un papier peint japonais exceptionnel 
au Japon  estampé à froid d'un décor floral, il fut doré à la main après la pause. 

Enfin, comme Horta, Georges Hobé éclaire la vaste cage d'escalier d'une lumière zénitale.
 Depuis 2003, cette maison très bien restaurée est devenue la Maison des Quakers 

8 – Entre les Eburons et Waterloo Wilson

La maison de la chanteuse lyrique
C'est un petit pâté de maison dans un triangle particlièrement aigu...une spécialité très belge! . En tête de cet angle, au 66 rue des Éburons, une «villa» très ambiance d'époque en briques blanches construite en 1904 pour une chanteuse lyrique, Mme Bervichez, avec terrasse, double logette sous corniches et pignon, sans compter les logettes latérales. Sur le côté gauche, au dessus de la fenêtre du 2ème étage, un fronton maçonnique.
Un gout certain pour l'étrange 
Léon Delune 
Un peu plus bas, au 52 rue des Eburons, une étonnante maison Art nouveau en briques rouges et pierres bleues due à Léon Delune (voir promenade n°2). Elle vaut plus par son étrangeté que par sa beauté.Elle ressemble à un château-fort en miniature avec son bow-window du deuxième étage transformé en tour de guet et sa porte d'entrée doublée d'une grande meurtrière 


9 – 11 square Ambiorix: la 8ème merveille de l'Art nouveau bruxellois: la maison Saint-Cyr, (1901-1903)

Maison Saint-Cyr
Gustave Strauven (1901-1903)
 La maison la plus emblématique de tout l'Art nouveau bruxellois a été imaginée par Gustave Strauven au n° 11 du Square Ambiorix. L'architecte adorait les défis les plus impossible. Mais ici il s'est surpassé pour satisfaire les exigences du peintre Georges Léonard de Saint-Cyr qui serait sans doute totalement oublié aujourd'hui si Strauven ne lui avait fait un cadeau inoui: lui bâtir en deux ans l'une des résidences les plus extraordinaires de l'univers...une sorte de
La loggia supérieure
Taj Mahal de l'Art nouveau. C'est une maison complètement folle. Sur quatre mètres de largeur et un quinzaine de hauteur se déploie un opéra baroque de fers forgés, de balcons, de menuiseries, de pierres sculptées et de rêves qui défie toute imagination. A elle seule la loggia circulaire du quatrième étage, couronnée d'un épi en fer forgé, est une véritable provocation, défi à toutes les
conventions techniques et esthétiques. Sa structure est soutenue par une poutrelle métallique pliée en arc de cercle.


Une fragilité extrême qui défie
l'usure du temps 
depuis plus d'un siècle 
Cette oeuvre emblématique – dont chaque pièce a un loock particulier - menaçait de s'écrouler. Elle a été sauvée in extrémis par la Région de Bruxelles-Capitale. Les travaux de restauration ont duré quatre ans. Mais, il n'y a aucun doute,  ça valait vraiment le coup!


10 -Le Titien et  Le Corrège font la fête à l'Art nouveau 


Joseph Baudouin (1899
A Bruxelles, l'Art nouveau c'est comme le stoemp, (célèbre potée locale): quand il n'y en a plus, il y en a encore . En quittant la maison Saint-Cyr, suivez le square Marguerite et la rue des Patriotes jusqu'à la rue Le Titien. Au 19 et 21 deux façades Art nouveau conçues en 1899 par le même architecte, Joseph Baudouin, et décorées de somptueux sgraffites, parmi les plus beaux que l'on puisse admirer dans la capitale de l'Europe. Lafaçade du n°19 a été entièrement rénovée. 
Un des plus sgraffites bruxellois (21 rue Le Titien) 
Artiste inconnu

Descendez ensuite la rue Franklin jusqu'au croisement de la rue Le Corrège.  Au 35 de cette rue, à côté de l'église, le jeune et brillant architecte Edouard Ramaekers construit sa maison personnelle et  invente à lui tout seul et  l'Art nouveau gothique flamboyant. 
Littéralement : le rêve éveillé d'un architecte classique inspiré 
par l'explosion de l'Art nouveau
35 rue Le Corrège, Edouard Ramaekers (1899-1900)

Ce qui impressionne surtout ici c'est l'abondance effarante des vitraux à motifs floraux, de sgraffites et de fers forgés, tous plus originaux ou plus spectaculaires les uns que les autres et s'harmonisant dans un concert fantastique. A remarquer particulièrement les triples vitraux de la loggia du premier étage avec les trois formes ovales centrales en arcs brisés, ceux de la porte d'entrée et de la fenêtre du demi sous
Tout est symbole mystique dans cette façade stupéfiante
35 rue Le Corrège,
 Edouard Ramaekers (1899-1900)
sol. Sous la loggia, un sgraffite met en scène le soleil levant entre deux cygnes. Le soir, illuminé de l'intérieur, le vitrail du rez-de-chaus- née offre au passant spectacle merveilleux.

Très bien conservé, le rez de chaussée lui-même est aussi saisissant avec ses mosaïques polychromes et ses portes garnies de vitraux.
22 rue Le Corrège. Paul Grade 
Juste en face de ce chef d'oeuvre absolu, une autre maison Art nouveau, celle de l'ingénieur Paul Grade qui l'a probablement construite lui-même 



11 – Pause rue Franklin.
La rue Franklin et quelques rues avoisinnantes, malgré la proximité obsédante du siège de la Commission européenne, ont réussi à sauvegarder leur aspect très fin de siècle. Face à la fringale des promoteurs immobiliers, il y a eu quelques sauvetages homériques. Toutes ces rues abritent aujourd'hui de très nombreux bistrots et restaurants fort fréquentés par les eurocrates....mais aussi par les touristes d'un jour.











dimanche 22 octobre 2017

Promenade n°8 autour de la Place Flagey

Connexions : trams 81 et 83, bus 38, 59, 60 et 71, grand parking sous a place, emplacements réservés aux vélos, scooters etc...

1 - La place Flagey 

La place Flagey d'Ixelles  est devenue un lieu de rendez-vous et d'animation très populaire. A ne pas manquer : son marché du week-end. Entièrement rénovée (mais très mal entretenue) cette place est  bordée
L'Institut national de radio diffusion daté de 1938 (J. Diongre architecte)

d'immeubles des années trente, dont le superbe vaisseau de l'Institut national radiodiffusion (INR) construit  en 1938 par Joseph Diongre , architecte qui débuta dans l'Art nouveau (nous en reparlerons dans une prochaine promenade)
Monument
à la gloire de l'écrivain ixellois Charles De Coster
et de ses héros Nele et Thyl Uylenspiegel
grandes figures  de l'histoire "rêvée" de la Belgique
(Charles Samuel, sculp.- Frans de Vestel,arch. 1894)
Autour de cette place, l'Art nouveau a fleuri dans presque toutes les rues avoisinantes. Autour des étangs bien sûr (promenade n°7), mais aussi rue de la Brasserie, rue Malibran, rue Gachard, rue Van Elwijck etc. 


2 - Rue de la Brasserie, six immeubles créés par Léon Delune (9, 11,13,15, 17 et 19, en partant du haut de la rue)

Ensemble homogène
de 6 maisons de rapport
par Léon Delune (1905)
Sinueuse et en forte pente, la rue de la Brasserie est ainsi nommée car depuis 1616 le quartier était  voué à la production de bières locales. Réalisée  à la fin du XIXème siècle, cette rue  a conservé jusqu'à nos jours une étonnante homogénéité avec ses rez-de-chaussée destinés autrefois aux commerces de proximité. 
Trois de six façades imaginées par Léon Delune
17,15 et13 rue de la Brasserie
Comme du côté des étangs, les quatre  frères   Delune (Ernest, Léon, Aimable et Edmond) autant architectes que promoteurs immobiliers  ont joué ici un rôle essentiel dans cette modernisation. Il y ont bâtit au moins 18 maisons de rapport, toute du côté impair. Six d'entre elles (n°9 à 19) attribuées à Léon Delune, constituent un ensemble Art nouveau aussi surprenant que débordant d'imagination. Elles se trouvent toutes à côté d'un immeuble récent, écologiquement passif, qui tente de s'intégrer harmonieusement à l'ambiance particulière de cette rue.  

Double bow-window
du 17 rue de la Brasserie
(Léon Delune)
Ces  façades Art Nouveau relèvent toutes de la même conception mais les n° 13,15 et 17 sont particulièrement étonnants: similaires mais non identiques avec leurs façades asymétriques de briques vernissées et de pierres blanches, leurs bow-windows encastrés sur deux étages et leurs grands sgraffites dominant les trois baies du dernier étage. Les quatre autres façades sont des variantes sur le même thème. La rénovation récente du n°15 met particulièrement en évidence l'utilisation révolutionnaire pour l'époque de l'acier dans la construction.
Sgraffite mythologique du 17 rue de la Brasserie










3 – 47 Rue Malibran, un grand sgraffite signé Paul Gauchie 
Moins intéressante que la rue de la Brasserie, la rue Malibran possède néanmoins une véritable merveille:
Ce sgraffite signé Paul Gauchie (dans le coin inférieur droit)
est  tout à la gloire
 des entrepreneurs et des ouvriers belges de l'Art nouveau
 
L'entrepreneur Pierre Drico
un superbe sgraffite de Paul Cauchie, appliqué sur la maison construite par l'architecte Edmond Pelseneer (voir la "maison des Hiboux" promenade n°2 publiée en août 2013) pour le compte de l'entrepreneur -maçon Pierre Drico représenté ici dans le coin supérieur gauche de cette épopée lyrique en compagnie de l'un de ses ouvriers . L'aventure aurait pu s'arrêter là.  Mais il y a peu de temps la scénographie était toute différente...Propriété des mutualités chrétiennesqui occupent d'ailleurs une bonne partie du quartier avec leur complexe médico social, la façade de la maison  avait été considérablement défigurée par une immense baie vitrée moderne et un ciel jaune fluo  inimaginable dans l'oeuvre de Paul Gauchie et de Pelseneer 
L'ancienne façade visible
jusqu'il y a peu
Cette erreur historique vient heureusement d'être réparée (comme quoi il y a parfois de bonne nouvelle dans l'Art nouveau bruxellois) .Donc, autant que faire se peut   le sgraffite de Paul Cauchie  est replacé dans un 
contexte
Un détail bien repensé
suffit parfois pour
tout changer

 non pas identique à l'original disparu mais dans une atmosphère  historique  plus harmonieuse.  Exemple ci-contre avec cette porte  et ces ferronneries repensées d'avantage plus dans l'esprit fin de siècle 

4 Le trésor de la petite rue Van Eelewyck 
Superbe sgraffite  caractéristiques du style bruxellois
Entre les 2ème et 3ème étage
du n°21
Juste derrière les immeubles art décodes années '30 la petite rue Van Eelewyck relie la chaussée d'Ixelles à  la rue Lesbroussart. Bâtie à l'extrême fin du XIXème siècle elle mélange beaucoup d'éclectisme avec des éléments Art nouveau très intéressants: le n° 13 est une oeuvre éclectique de Victor Taelemans,  les numéros 19 et 21 sont de Léon Delune (grand bâtisseur dans le quartier).
 La poignée de gauche
a malheureusement disparu
.
Le 37, signé Jules Mataigne se caractérise par une superbe double porte en fer forgé et verre munie de deux poignées en forme de lézards. 

Enfin, nous, arrivons au petit trésor  local. Les trois maisons portant numéros 41 à 45 sont d'Aimable Delune.
Maison personnelle d'Aimable Delune (1903)
41 rue Van Eelewyck
Les n°43 et 45 n'ont qu'un intérêt anecdotique Mais c'est grâce à ces deux commandes que l'architecte (frère de Léon Delune) a pu financer la construction de sa propre maison au 
n°41. Ainsi on perçoit mieux dans toutes ses contradictions le véritable choc culturel et esthétique que fut le surgissement de l'Art nouveau à Bruxelles.  Par miracle, cette maison, somme toute modeste, a conservé intégralement son décor intérieur tel que voulu par l'architecte.La cage d'escalier elle même se dessine autour d'un puits de lumière malencontreusement occupé plus tard par un petit ascenseur  

Les sgraffites portent les monogrammes
AD pour Aimable Delune et
CV pour  Catherine Varvenne
son épouse
Détail du décor intérieur.
Toutes les peintures
murales sont d'origine


Le plafond peint évoque à la foi métier d'architecte et les idées philosophique de la franc maçonnerie
Porte intérieure
L'ensemble constitue donc un témoignage particulier mais significatif de la  philosophie et des conceptions révolutionnaires des architectes de l'Art nouveau bruxellois. N'oublions pas 
que Victor Horta a imaginé la Maison du Peuple comme le manifeste de la modernité du socialisme belge au tournant des XIXème et du  XXème siècles. Manifeste qui fut impitoyablement détruit 70 années plus tard  par les socialistes eux-mêmes, en 1964.



5. Rue Gachard

Augustin Luyck,
32 rue Gachard 1899
Pour les fans de l'Art Nouveau bruxellois: en quittant la rue Van Elewyck, via la rue Lesbroussart, rejoignez un peu à gauche la rue Gachard qui monte vers l'avenue Louise. On y trouve quelques maisons teintées d'Art nouveau, notamment les numéros 11,13,17,21, 29,32, 47,54 et 78.La plus intéressante se trouve au n°32. C'est une oeuvre de l'architecte  Augustin Luyckx, dont on ne sait pratiquement rien.Une oeuvre unique en somme mais  qui ne manque pas de la poésie architecturale qui se dégage souvent l'Art nouveau .
Augustin Luyckx - 32 rue Gachard (1899)
Le sgraffite au dessin superbe n'a jamais été mis en couleurs. Dommage!


54 rue Gachard
Architecte : Hubert Marcq
En face (54 rue Gachard), et beaucoup plus spectaculaire, la maison construite par Hubert Marcq pour Émile Rossel, le fondateur du quotidien bruxellois "Le Soir". On est en 1907, l'Art nouveau jette ses derniers feux. L'asymétrie est revendiquée mais on sent bien quel'on va passer à autre chose...Le contraste est saisissant avec l'imaginaire poétique d' Augustin Luycks!


78 rue Gachard.
Albertet Alexis Dumont, 1899)
Enfin, au 78 de la rue Gachard il faut signaler une oeuvre d'Albert et Alexis Dumont (père et fils). Sorte de version médiévale fin de siècle (1899) de l'Art nouveau jouant à la fois sur l'asymétrie de la façade (de haut en bas cinq, une, trois et deux   ouvertures) et le côté  forteresse de l'édifice. La porte et la fenêtre du rez-de-chaussée ont été inversées en 1935 mais les ferronneries délicates ont été conservées.
Rez-de-chaussée de 78 rue Gachard
Albert et Alexis Dumont (1899)


Malgré nos recherches, il ne nous a pas toujours été possible de déterminer la date du décès des architectes ou des artistes ayant réalisé une oeuvre montrée dans cet article ou de contacter leurs ayants droit. Toute précision ou information  sera immédiatement prise en compte. Sans autorisation, le ou les documents photographiques concernés seront immédiatement retirés. 
Toutes les photos de ce blog sont de l'auteur