lundi 16 mars 2015

Promenade n°6 : Les surprises de l'avenue Albert


Promenade n°6 
Les surprises de l'avenue Albert

Moyens de transport :trams 23, 91 et 92, semi-métro ligne 3

L'avenue Brugmann et l'avenue Molière sont très représentatives des nouvelles conceptions esthétiques et urbanistiques bruxelloises qui s'imposent à la fin du XIXème siècle: larges avenues arborées et hôtels de maîtres bourgeois plus ou moins imposants... mais, parfois,  une grande liberté créatrice. Aujourd'hui, les arbres ont disparu de l'avenue Brugmann. Pas ailleurs, il vaut donc mieux se promener dans ces avenues en hiver ou au début du  printemps pour admirer quelques chefs d'oeuvre de l'Art nouveau bruxellois.
Au coins de ces deux avenues, 176, 178 avenue Brugmann - 177, 179 avenue Molière, Paul Vizzavona a construit en 1908 trois immeubles Art nouveau: l'hôtel Vandenbroeck (sur le coin) et deux maisons bourgeoises situées de part et d'autre de celui-ci.


L'hôtel Vandenbroeck (176 avenue avenue Brugmann, 179 avenue Molière . Paul Vizzavona 1908













 L'ensemble est remarquable par sa composition globale. Coté avenue Molière, il est précédé par un jardinet entouré de grilles forgées en “coup de fouet” et fixées par des piliers de pierres blanches sculptées dans l'esprit modernistes

La superbe  porte d'entrée du 176 avenue Brugmann.
Fer forgé en coup de fouet et verre anglais 
Les façades associent pierres blanches et baies à arcs surbaissés ou en anse de panier et éléments décoratifs typiques de l'Art nouveau (Paul Vizzavona a travaillé dans l'atelier de Victor Horta): encadrement des baies en lignes fluides, surperbes fers forgés des deux doubles portes d'entrée de l'hôtel Vandenbroeck, balustrade de la terrasse de la tourelle d'angle. L'intérieur de ce petit palais a été conservé mais il est de style néo-classique français ... avec un jardin d'hiver orné de chinoiseries. 

Les deux maisons qui l'entourent font la transition avec les voisinage sans renoncer au “vocabulaire” Art nouveau avec leurs pierres tailles sculptés et de superbes garde-corps courant sur toute la longueur des façades
Au 112 avenue Molière, on retrouve un peu de cet esprit dans la porte d'entrée et les piliers soutenant la grille du jardinet. Ce n'est pas le cas en face. 
Bas relief de Jef Lambeaux 
réalisé après sa mort
Ce n'est pas le cas en face. Au 153-155 avenue Molière, Jules Brunfaut (qui avait signé cinq ans plus tôt le merveilleux hôtel Hannon (voir promenade n°2) construit en 1907 le gigantesque hôtel Philippot. En adoptant un style néo-classique lourdeau. Brunfaut décrète à sa façon que pour lui l'Art nouveau appartient au passé (déjà!), mais y avait-il jamais cru? .
On retient cette façade uniquement pour le bas relief signé Jef Lambeaux, le sulfureux sculpteur fin de siècle emblématique et provocant (ce qui n'est pas vraiment le cas ici!).


En revanche, juste à côté, au 151 avenue Molière, Jean-Baptiste Dewin construit en 1907 sa maison personnelle dans le style géométrique initié par Paul Hankar.
Maison personnelle de Jean-Baptiste Dewin (1907)
151 avenue Molière 
Mais on y perçoit aussi les influences combinée de l'Écossais Charles Rennie Macintosh et du Viennois Joseph Hoffamnn (ce dernier était justement en train de créer à la même époque le fabuleux hôtel Stoclet, avenue de Tervueren).
                        
Désormais coincée entre l'hôtel Phillipot et un immeuble de 7 étages sans âme, cet objet insolite est d'une rare élégance avec ses fenêtres étroites dont la verticalité est encore accentuée par le dessin délicat des vitraux de la porte d'entrée et de l'imposte. Remarquez aussi, sous la corniche, les mosaïques représentant hiboux et fleurs stylisés. Elles sont un peu la signature constante de l'architecte...

Double bow-window avec son  délicat décor mosaïqué
indisociable de l'esprit de J.-B. Dewin au début du XXème siècle 



L'avenue Molière débouche en cet endroit sur la superbe avenue Albert. Traçée en 1892 à l'initiative du banquier-mécène d'origine allemande Georges Brugmann (décidément très influent dans ce quartier), elle a miraculeusement conservé presque toutes ses caractéristiques architecturales et urbanistiques d'origine, y compris sa longue drève centrale parcourue aujourd'hui par deux voies de tram (semi-métro) mais toujours bordée de maroniers plus que centenaires. . Elle est classée à juste titre zone d'intérêt culturel, historique et esthétique. Suivre son cours c'est l'immersion assurée au coeur du “Bruxelles-fin-de-siècle”.
Le premier étage du 217 avenue Albert
signé Albert J. Dosfeld (1906)
Au 217 avenue Albert, Albert J. Dosfeld construit en 1906 une maison qui réunit tous les archétypes du mouvement moderniste: façade de briques blanches vernissées rythmées par des bandes de couleurs orange; grande fenêtre circulaire bordée de briques vertes et blanches au 1er étage; garde-corps forgé en coup de fouet, triplet de fenêtres surmontées d'arcs outrepassés au dernier étage; bow-window surmonté d'une terrasse au dessus de la double porte d'entrée en verre blanc américain, fer forgé et boiseries caractéristiques: l'oval supérieur se reflétant dans la console soutenant le bow-window

 133 avenue Molière, Albert J. Dosfeld(1906)      


219 avenue Albert. A et A Toisoul
Porte d'entrée











 Surprise! A deux pas de là (tournez le coin), au 133 avenue Molière, Albert J. Dosfeld a construit la soeur jumelle de cette maison. Seuls quelques détails décoratif diffèrent.L'intention de l'architecte était évidente mais, aujourd'hui, entre ce deux maisons, un immeuble à appartements d'une rare banalité ne laisse plus qu'un regret: on aimerait imaginer  à quoi ressemblait le premier aménagement de ce coin de ville...  et on peut s'en faire une toute petite idée nostalgique  en regardant la maison construite dans le même esprit fin de siècle par les frères Auguste et Albert Toisoul,  au 219 avenue Albert, juste à côté de la maison Dosfeld. Cette maison vient d'être restaurée. La façade a retrouver  tout son éclat.  






198 avenue Albert. Architecte Alfred Frère (1908)
Au 198 Avenue Albert, Alfred Frère construit en 1908 son habitation personnelle dans le style Horta le plus pur. Une symphonie en blanc et noir. Les murs, de pierres et de briques blanches, seraient d'une grande sobriété s'il n'y avait cette courbe fluide en coup de fouet qui traverse toute la façade, reliant dans la même unité les baies vitrées de droite et de gauche à l'imposte centrale de la porte d'entrée. Le contraste de cette blancheur absolue avec les menuiseries noires est saisissant. A remarquer, les garde-corps en fer forgés qui s'ornent des symboles maçonniques : compas, équerre et le fil à plomb... L'Art nouveau c'est aussi une affaire d'idée.
L'Art nouveau ou
la perfection de la beauté comme un manifeste 
Les murs, de pierres et de briques blanches, seraient d'une grande sobriété s'il n'y avait cette courbe fluide en coup de fouet qui traverse toute la façade, reliant dans la même unité les baies vitrées de droite et de gauche à l'imposte centrale de la porte d'entrée. Le contraste de cette blancheur absolue avec les menuiseries noires est saisissant. A remarquer, les garde-corps en fer forgés qui s'ornent de symboles maçonniques : compas, équerre et fil à plomb... L'Art nouveau c'est aussi une affaire d'idées.


Juste à gauche de cette belle maison, les 194 et 196 avenue 
196 et 194 avenue Albert
Albert, quoique plus modestes, témoignent aussi de l'engouement des bruxellois pour l'Art nouveau local. On y voit sur les travées principales, deux compositions triangulaire inversées. A gauche, partant du haut, 4, puis 2 puis 1 baie, à droite c'est 3, 1, 1. Les garde-corps en fonte sont tous de même modèle floral en coup de fouet ce qui confère une incontestable unité à l'ensemble. 

En passant, remarquez le très beau vitrail-paon dominant
Vitrail-paon, 135 avenue Albert
 la porte d'entrée du 135 avenue Albert. On en verra d'autres un peu plus avant...











Au 131 avenue Albert, J. Renard signe en 1913 cette belle façade de briques vernissées blanches et verte avec rehauts de pierres bleues qui a conservé tout son charme délicat malgré la transformation de la baie du sous-sol en porte de garage et le remplacement des garde-corps d'origine par de très sobres ferroneries modernes.
La façade comme un extraordinaire tableau offert pour le seul plaisir des yeux à tous les passants. Architecte J. Renard - Créateur de la majolique Célestin Helman(1913)
Le panneau en majolique dominant les trois fenêtres du second étage a été réalisé par Celestin  Helman de Berchem-SainteAgathe, dont on reparlera un peu plus loin. Très beaux vitraux Art nouveau au-dessus de la porte d'entée

En 1911, au 84 avenue Albert, Paul Vizzavona signe avec panache sa dernière réalisation Art nouveau..
84 avenue Albert. Paul Vizzavona (1911)

Modeste mais très belle maison de pierres blanches dominée par une large corniche soutenue par cinq doubles consoles aériennes . Superbes ferronneries en coup de fouet tant pour les garde-corps des balcons que pour la porte d'entrée qui allie verre américain blanc et métal. Toutes les fenêtres sont magnifiées par des encadrements taillés en coup de fouet directement dans la pierre.

Daté de 1907, le 60 avenue Albert est bien dans l'esprit libre du temps. D'inspiration mauresque, la  façade est
Balcon du 60 avenue Albert 

particulièrement spectaculaire avec ses  briques vernissées blanches et vertes et ses pierres bleues sculptées de symboles cabalistiques mystérieux. Un petit regret: les nouvelles boiserie des étages ne sont pas du tout en harmonie avec l'ensemble. mais ne gâchons pas notre plaisir...  








...L'imposte au dessus de la porte d'entrée est tout aussi réjouissante avec son  paon vitraillé enfermé dans une cage de briques  émaillées et de pierres bleues 


Juste en face, au 89/91 avenue Albert, Arthur et Auguste Toisoul qui avaient déjà construit le n°219 de la même avenue édifient  dans la première décennie du XXème
89-91 avenue Albert (A. et A. Toisoul)
siècle ce gros immeuble où s'annonce déjà l'art déco des  années '20 (notammant à travers les portes en fer forgé)Cependant les encadrements des fenêtres sculpté dans la pierre, et surtout, l'ancien numéro de cet édifice (57) ne laissent aucun doute sur l'esprit qui animait encore ces architectes.

Conséquence de l'explosion démographique bruxelloise au début du XXème siècle, tout un quartier de logements sociaux fut créé  rue Georges Rodenbach en bordure de l'avenue Albert. Aux 37-39  Henri Jacobs y ajouta l' École communale n°4 suivant les idées qu'il avait déjà mises en application dans plusieurs autres quartiers de la ville: souci constant d'ouvrir les jeunes esprits non seulement à la connaissance mais aussi au culte de la beauté(voir promenade n°5, 1ère partie et d'autres... à venir) 
L'ensemble des logements sociaux rue Rodenbach et, à l'avant plan, façade blanche, l'entrée de  l'école construite par Henri Jacobs.
En briques rouges la résidence du directeur de l'école


 Au n°37, donc, se trouve l'école elle-même: façade de pierre blanche appuyée sur un soubassement de pierre bleue. La porte à deux battants, ornée de belles ferronneries Art nouveau, est surmontée par un grand arc surbaissé portant les armoiries de la commune de Forest. Au premier étage, une large baie divisée par trois menaux de pierre blanche sculptés éclaire la salle cours. La façade se termine par un  entablement dont la corniche supporte un élégant parapet Art nouveau composé de pierres ajourées et de fers forgés. Le hall d'entée décoré de superbes sgraffites donne accès à un grand préau lumineux distribuant les classes. 


Balcon du 39 rue Georges Rodenbach
Henri Jacobs
Au n°39, résidence du directeur, : balcon avec garde-corps       en fer forgé en coup Art nouveau  et sgraffites Art nouveau.
Depuis 1990, cet ensemble scolaire est occupé par l'École en couleurs (pédagogie laïque Decroly).
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Entrée
de la cité sociale de la rue Marconi
Léon Govaert (1902)
En quittant cette école, remontez la rue Rodenbach puis prenez à droite la rue Vanden Corput et encore à droite la rue Marconi. Le même Henri Jacobs , Émile Hellemans (créateur de la première cité sociale construite à Bruxelles, dans la quartier des Marolles - promenade n°5, 1ère partie) et Léon Govaerts y ont construit en 1901-1902 un autre ensemble de logements sociaux dont l'élément le plus marquant est la façade du 32 rue Marconi. Léon Govaerts y crée pour l'occasion une entrée Art nouveau “expressionniste” sidérante par son audace .

Poursuivez votre promenade  jusqu'au début de l'Avenue Albert d'où vous aurez une vue superbe sur le parc de Forest. A gauche et à droite belle collection de maisons Art nouveau.

Côté gauche, jetez un coup d'oeil en passant aux 127 (villa Rhéa), 121 et 119  de l'avenue Victor Besme et vous aboutirez au 103 avenue Besme. Alphonse  Boelens y
103 avenue Victor Besme. Alphonse Boelens (1903)

 construit en 1903 une superbe villa Art nouveau entourée sur trois côtés d'un jardin japonisant. Cette oeuvre parfaitement maitrisée est située à un endroit privilégié: elle domine toute la vue sur le parc dessiné 30 ans plutôt par Victor Besme.
Pour la petite histoire, il y a trois décennies cette maison échappa de justesse aux griffes d'un promoteur immobilier qui projetait de la remplacer par un bloc d'appartements. Elle est aujourd'hui classée et restaurée avec fidélité.
Une fois de plus il s'agit de l'oeuvre d'un jeune architecte (Boelens a 26 ans) avide de modernisme.
Baie du rez-de-chaussée éclairant de grandes salles de réception.
Alphonse Boelens (1903)
Les deux baies du sous-sol et du rez-de-chaussée forment un ensemble unique serti dans un encadrement de pierres bleues sculptées en coup de fouet. Les fers forgés et le grand chassis à petits bois achevant d'en souligner l'originalité. Au premier et au second étages les garde-corps Art nouveau sont en fer forgé ou en bois. A. Boelens a choisi de traiter toute la façade en pierres bleues et en briques vernissées blanche mais il ajoute des rehauts d'ocre en disséminant un peu partout des sgraffites floraux. La teinte des boiseries est d'origine. A remarquer aussi particulièrement la porte d'entrée avec sa double imposte et ses étonnants vitraux en harmonie avec les feronneries. L'intérieur de cette villa est pratiquement dans son état original avec un beau départ Art nouveau de la rampe d'escalier.
Juste en face, au 5 avenue du Mont Kemmel, Arthur Nelissen, architecte d'origine hollandaise, se construit une

L'étonnant balcon immaginé par Arthur Nelissen 
 maison personnelle d'une audace qui la classe parmi les chefs d'oeuvre de l'Art nouveau bruxellois et même mondial (plans déposés en 1905). Sa façade asymétrique en briques vernissées blanches, vertes et grises est étroite (5 mètres seulement) mais elle est magnifiée par la compositionen lignes de fuite et en anneaux multiples de la grande baie circulaire du premier étage. Les fenêtres et la porte du rez-de-chaussée sont serties dans un encadrement de pierres bleues sculptées en courbes et gardées par de fins fers forgés à motifs géométriques abstraits qui se répètent dans les garde-corps des deux balcons supérieurs. Le décor original de cette maison et son organisation spatiale ont été grandemant conservés: cage d'escalier centrale avec verrière zénitale, fresque aux paons de la pièce de réception, mosaîques Art nouveau au sol etc.
Deux chefs d'oeuvre de l'Art nouveau bruxellois.
Côte à côte 
Au 6 avenue du Mont Kemmel, Célestin Helman, ingénieur et architecte, a probablement érigé lui-même sa propre demeure à côté de celle de Nelissen. Mais Helman utilise surtout la façade comme support promotionnel pour son atelier de la chaussée de Gand, Les Grès Helman, où il fabrique depuis 1897 vitraux, grès décoratifs, majoliques etc. . Parmi ses réalisations, la plus remarquable et la mieux conservée est incontestablement le décor maritime du restaurant Chez Vincent, rue des Dominicains (promenade n°5/1). On y voit encore le panneau annonçant les prix pratiqués en...1913! La verticalité de la façade est accentuée par l'oriel courant sur deux étages au-dessus de la porte et se prolongeant par la lucarne-pignon éclairant les combles. Helman décore l'ensemble de multiples panneaux déclinant de façon variées le même motif floral stylisé.

Détail de la façade du 6 avenue du Mont Kemel.
Le maître des majoliques y fait la promotion de se produits.  
Les fenêtres du rez-de-chaussée et des deux premiers étages ont conservés leurs vitraux néo-rennaissance signés par le maître-verrier T. Driessens. Beaux fers-forgés d'Art nouveau géométrique pour la porte d'entée et le balcon dominant l'oriel. Décor intérieur conservé (notamment les cheminées Art nouveau).


Moyens de transport:  place Albert : semi métro ligne 3, trams 55 et 90

Malgré nos recherches, il ne nous a pas toujours été possible de déterminer la date du décès des architectes ou des artistes ayant réalisé une oeuvre montrée dans cet article ou de contacter leurs ayants droit. Toute précision ou information  sera immédiatement prise en compte. Sans autorisation, le ou les documents photographiques concernés seront immédiatement retirés. . 











lundi 3 novembre 2014



Promenade n°5  Au coeur de la ville  (3ème partie).
Autres lieux Art nouveau au coeur du pentagone bruxellois 

Une des cariatide du Palace Hotel (Lener et Pompe, 1910)
1 - La place Rogier 

La place Rogier est bordée sur son côté droit d'un hôtel de luxe construit pour    accueillir les visiteurs de l'Exposition universelle de 1910 : le Palace Hôtel (aujourd'hui Crown Plaza).
Hall d'entrée du Crown Plaza. 


C'est aussi le premier immeuble en béton construit en Belgique, il repose sur 1800 pieux armés qui assure son assise sur un sol marécageux.Cet immeuble est probablement le chef d'oeuvre de son architecte, Adhémar Lener et de son assistant, Antoine Pompe, un  avant-gardiste   qui deviendra plus célèbre que son maître dans les années '30. 

Bien que tardive par rapport au mouvement lancé en 1894 par Victor Horta la façade, 22-24 place Rogier, s'incrit encore dans le style moderniste géométrique avec ses cariatides énigmatiques, ses cinq bow-windows et ses quatre consoles métalliques typiquement Art nouveau. 

L'hôtel a été entièrement rénové par ses nouveaux propriétaires en 1995 tout en respectant l'esprit et l'oeuvre de ses créateurs (entrée par la rue Gineste)



2. En face du Théâtre flamand
En quittant la place Rogier suivez le boulevard (côté gauche) , en direction de la Basilique de Koekellberg visible à l'horizon. Trois bocs 
Le Théâtre flamand 
de Jan Baes (1883-1887)
plus loin, prenez à gauche  dans la rue de Laeken jusqu'au Théâtre Flamand (1883-1887). 
Cette oeuvre, style néo-Renaissance flamand, de l'architecte Jan Baes a été intégrée aux anciens Magasins de l'Artillerie et du Génie (réserve d'armes et de munitions) qui se trouvaient au bout du Quai au foin de l'ancien port de Bruxelles. Jan Baes  lui a conféré une étonnante silhouette triangulaire en le bordant tout le long de chaque côté de quatre balcons métallique de plus en plus étroits. 



Immeuble de rapport signé dans la pierre J. Michiels (1910)
En face de cet étonnant bâtiment on trouve un tout aussi étonnant îlot triangulaire formé par la rue de Laeken, la rue des Commerçants et la rue Saint Jean Népomucène. Lieu de prostitution depuis de nombreuses années, ce quartier  misérable, a échappé par miracle à l'avidité des promoteurs immobiliers. Par miracle ?  Peut-être aussi par ce que ce triangle était l'oeuvre assez remarquable d'un seul architecte: J. Michiels, qui l'a réalisé vers 1910.
 Principal morceau de bravoure, entièrement restauré, l' immeuble de rapport  du 177 rue de Laeken, tout en pierres blanches et bleues. Son rez-de-chaussée. était destiné à un ou plusieurs commerces.  Longtemps laissé en déshérence,  il a finalement échappé au sort funeste qui lui était promis en se trouvant une nouvelle raison d'être. Il abrite désormais un café  à la mode, le Flamingo... Au plafond des moulures de style Art nouveau rappellent son ancienne destinée. 
Moulure d'angle

Cet immeuble aux façades  audacieusement rythmées donne sur les trois rues formant le triangle. Spectaculaire, les  vitrines du rez-de-chaussée sont surmontées  par de longues baies divisées par de fin menaux portant délicatement des oriels courant sur deux étages. L'impression de légèreté  tient à l'utilisation de larges poutrelles métalliques bien visibles entre le premier et le second étage. Raffinement délicat : sous la corniche des sgraffites joliments restaurés rappellent que nous sommes en face du Théâtre flamand.
Sgraffite sous la corniche
Oriels vitraillés
Sur les deux côtés, les portes donnant accès aux appartements des étages sont surmontées de très beaux oriels triangulaires vitraillés qui éclairent les cages d'escalier. 


Derrière ce bâtiment, l'ensemble des maisons formant le triangle auraient toutes été construites par J. Michiels dans le même esprit. Les façades se trouvent du côté de la rue des Commerçants, notamment celle - tout à fait logique ici -  d'un hôtel de passe contenant notamment vitraux et tableaux en majolique. Les arrières, souvent délabrés (mais parfois en cours de restauration), donnent  sur  la rue  Saint Jean Népomucène. C'est un des rares exemples  d'ensemble Art nouveau homogène dans la vieille ville....espérons qu'il survivra encore longtemps!

Côté rue Saint Jean Népomucène, un vitrail Art nouveau récemment restauré 
Côté rue des Commerçants, détail  d'un panneau en majolique sous corniche
3 - Rue Dansaert /Rempart des Moines
La rue Dansaert est devenue un des lieux les plus branchés de Bruxelles. En la parcourant, quelques étapes s'imposent à l'amateur d'Art nouveau. 
Une oeuvre symboliste de Charles Samuel (1901-1902)
Au carrefour de la rue Dansaert et de la rue Rempart des Moines, se trouve un  bas relief très symboliste sculpté en 1901 par Charles Samuel à la mémoire de Pierre Van Humbeeck. Elève de Philippe Wolfers et de Charles Van der Stappen,   C'est lui aussi qui sculpta en 1894 le monument à la gloire de Tijl Uylenspiegel, le célèbre héros de  Charles Decoster ( à admirer place Flagey, le long des étangs d'Ixelles) .  
Entrée de la rue de la Cigogne 
à 2 pas du 27 rue  Rempart des Moines

Prolonger votre escapade jusqu'au 27 rue Rempart des Moines. Ce double immeuble en brique destiné à une population modeste a été joliment restauré dans son état d'origine . Son caractère Art nouveau tient au bow-window triangulaire qui court sur trois étages et se termine au quatrième par un balcon. 

A deux pas de là, à côté de la petite maison blanche, vous ne pourrez rater  le porche d'entrée de la petite rue de la Cigogne, ultime  témoin de l'ancien urbanisme bruxellois. Elle sillonne le quartier sur 70 mètres de longueur et est toujours bordée des petites maisons construites au XVIIIième siècle,  après le bombardement de Bruxelles par le Maréchal de Vaucleroy, sur ordre de sa très haute majesté  le roi Louis XIV. Surmonté d'une potale abritant une statue de Saint-Roch, ce porche  date de 1780. 

4 - Au bout de la rue Dansaert 
Aux numéros 184-186 et 196-202 rue Dansaert différents immeubles de rapport  offrent de belles façades à décors Art nouveau  rendues très  spectaculaire depuis leur  restauration.
Détail de la façade du 196-202 rue Dansaert


Ce sont tous des immeubles à rez-de-chaussé commercial et appartements avec doubles entrée et bordés au premier étage de balcons en coursives à garde-corps en fonte Art nouveau.  Dans le premier groupe, la façade blanche étincelante remet en évidence les sept panneaux de sgraffites floraux multicolores tels qu'ils existaient à l'origine.

Dans le second groupe - quatre entrées - façade blanche rayée d'assises de briques rouges, encadrements des fenêtres d'inspiration gothico-islamique, le tout rehaussé par 16 panneaux de sgraffites floraux? Impression - très subjective -  cette façade est prête à décoller vers l'infini. 

5 - Au 4 boulevard Barthélemy
Boulevard Barthélemy, juste à l'angle de la rue Dansaert débouchant sur le canal, vous verrez une très belle maison Art nouveau construite en 1900.
Quatrième étage. Balcon en fer forgé Art nouveau 
Façade en pierres blanches et bleues. La grande baie éclairant le sous-sol est gardée par une grille mobile en fer forgé Art nouveau. Le bow-window qui court sur deux étages et se termine par une terrasse est garni à chaque niveau de garde-corps en fer forgé. La terrasse est encadrée par deux panneaux de majolique avec tête de femme, dont on retrouve des élémentss décoratifs au dessus des fenêtres du bow-window. Enfin, la corniche qui sert d'auvent à la terrasse repose sur de légères consoles en fer forgé formant des S. 


Malgré nos recherches, il ne nous a pas toujours été possible de déterminer la date du décès des architectes ou des artistes ayant réalisé une oeuvre montrée dans cet article ou de retrouver des ayants droit.  Afin de ne pas enfreindre involontairement la législation sur les droits d'auteurs, toute précision ou information concernant l'un ou l'autre document photographique  sera immédiatement prise en compte. Sans autorisation, le ou les documents photographiques seront immédiatement supprimés. 





































































dimanche 7 septembre 2014

La Maison du crime, future ambassade 
des Emirats Arabes Unis


Le "Château Delune" est classé 
La Maison du crime,va devenir l'ambassade des Émirats arabes unis. C'est dans cette maison Art nouveau, construite en 1905 le long de l'avenue Franklin Roosevelt par Léon Delune , qu'en 1993 Jacqueline Harpman avait situé l'intrigue de son roman Le Bonheur dans le crime (éd. Stock). 
Longtemps abandonnée, pillée, puis restaurée, l'édifice abritait encore récemment une agence de publicité... elle est maintenant en plein travaux. Dans quelques mois l'Ambassade des Émirats unis s'y installera.

Le panneau annonçant les travaux de modernisation
pour l'ambassade des Émirat arabes unis

Etrange destin pour cette oeuvre architecturale exceptionnelle qui servit de bar américain pendant l'Exposition universelle de 1910. Les Négros américains Minstrels d'Alabama USA y faisaient découvrir les saveurs épicées du jazz ...aux ketjes de Bruxelles
Pour le seul plaisir des yeux, voici la "Maison du crime" photographiée  le 10 janvier 2010 quand la neige recouvrait tout Bruxelles