mercredi 9 décembre 2015

ART NOUVEAU? Non mais presque


Les oeuvres peintes à quatre mains ne sont pas très fréquentes, même dans l'art contemporain.
Couverture du catalogue de l'exposition
Solide sculpture et divertissement pour
peinture à quatre mains
En 1963, le Belge Pierre Alechinsky et le Chinois Wallasse Ting tentent l'expérience. Le résultat : douze peintures et dix aquarelles qui furent exposées en même temps que des sculptures de Rheinhoud à la Galerie de France à Paris. Le titre étrange  SOLO DE SCULPTURE ET DIVERTISSEMENT ARRANGÉ POUR PEINTURE À QUATRE MAINS annonçait bien la bizarrerie de la "chose". On était en octobre 1963. 
Dans le catalogue de cette exposition Alechinsky écrit: J'avais invité Walasse Ting à venir faire des séances de peinture à quatre mains (comme on dit de piano), c'était une manière de s'obliger...
Avec lui traverser sans la voir la forêt des raisons de ne rien peindre. Je connais maintenant ces plaisirs-là, rares; le coup d'oeil de connivence, ne plus être seul mais des complices aux responsabilités mal définies; gagner ensemble une personnalité seconde, différente de chacune des deux nôtres”.
"Le Secret"  par Hauserzberg
C'est à cette expérience rare – gagner une personnalité seconde, différente de chacune - que se sont livréescinquante ans plus tard et sans retenue deux jeunes femmes peintres aux tempéraments bien affirmés  Et elles ont été complices jusqu'au bout. Chacune dans son style et chacune dans sa différence. Le résultat est là, entre poésie, fantastique et symbolisme.  Autant dire une version subjective,  revue et modernisée d'un Art nouveau déjà vieux de plus d'un siècle: sept huiles quasiment monumentales (180/200 voir 200/275 cm) aussi séduisantes qu'impressionnantes. Et elle sont signées à quatre mains HAUSERBERG  pour Gwendoline Hausermann et Corinne Vanden Berghe

C'est à voir jusqu'au 20 décembre
du jeudi au dimanche
à 
L'Espace 13
13 rue Jorez à Anderlecht
Contact : www.espace13.org 

email: contact@art-the.org
"La Robe noire" par Hauserbergh


samedi 21 novembre 2015

Palais de Justice de Bruxelles – Nouvel épisode.(26 novembre 2015)


La rénovation du Palais de Justice de Bruxelles n'est peut-être plus un rêve inaccessible. A la demande de son ministre de tutelle, Jan Jambon (NVA), la Régie des Bâtiments publics fédéraux devrait lancer prochainement des études relatives à ces travaux... qui se révéleraient en définitive moins onéreux que toutes les autres solutions envisagées. Première phase : la rénovation des façades et puis le réaménagement sécurisé du bâtiment pour qu'il reprenne ses fonctions initiales de ... Palais de Justice

Un des "féroces" gardiens du Palais de Justice de Bruxelles 
Le Bourgmestre de Bruxelles et le Président de la Fondation Poelaert sont ravis... mais prudents  quand même. Ils savent que cette rénovation prendra au moins dix ans et que les promoteurs immobiliers, qui n'y ont aucun intérêt, ne vont pas lâcher leur os si facilement.  (Voir à ce propos notre précédent article du 18 octobre 2015 : Le Palais de Justice de Bruxelles de plus en plus menacé.)

lundi 16 novembre 2015

dimanche 15 novembre 2015

Vitrail art nouveau bruxellois et art du pastel



Art Company est un petit atelier d'art plastique fort sympathique. Il est  animé par des artistes qui partagent volontiers leurs passions et leurs  techniques . On le trouve au  251 A chaussée de Charleroi à Saint-Gilles (Bruxelles).
Petit miracle : cet atelier est installé dans une maison fin de siècle qui a conservé un très beau vitrail typique de l'artisanat bruxellois au moment de la première révolution moderniste.
Le vitrail de Art Company. 251 chaussée de Charleroi (Saint-Gilles - Bruxelles) 































C'est dans cet atelier que Mathieu Weemaels expose actuellement une série de ses derniers pastels consacrés au nu (féminin ou masculin): une vingtaine d'oeuvres tout en douceur et en fragilité. A mille lieues des inventions de plus en plus saugrenues de l'art contemporain. Ces petits tableaux pleins de saveurs collent, de surcroît, parfaitement avec l'ambiance délicate de ce lieu assez magique.

Les pastels de Mathieu Weemaels resterons exposés jusqu'au 4 décembre. L'artiste lui-même sera présent le samedi 21 novembre entre 14 et 18h.  Et le 24 novembre comme c'est de tradition dans cet atelier, il donnera une leçon de perfectionnement au pastel entre 14h et 16h30.


Mathieu Weemaels (en tablier rouge) enseignant l'art du pastel 


En temps normal, l'atelier ART COMPANY est ouvert  le lundi de 9h30  à 17h, le mardi jusqu'à midi et le mercredi de 9h30 à 20h30. Il l'est aussi  sur rendez-vous : contact au 0475 479 288






dimanche 18 octobre 2015

Le Palais de Justice de Bruxelles de plus en plus menacé

Le Palais de Justice de Bruxelles
de plus en plus menacé



Une coupole aux ors étincelants mais en dessous...
L'ONG Fonds mondial pour les Monuments tire la sonnette d'alarme.  Ce vendredi 16 octobre 2015, elle a placé le Palais de Justice de Bruxelles  parmi  les  monuments historiques les plus menacés au monde. 


Un monument ou plutôt un terrain qui attise beaucoup de convoitises
Cela suffira-t-il à faire bouger les lignes et à sauver cet édifice prestigieux construit par l'architecte Joseph Poelaert à la fin du XIXème siècle et devenu le plus emblématique de la capitale de l'Europe. C'est en quelque sorte l'équivalant bruxellois de la Tour Eiffel parisienne...Et qui oserait seulement toucher à une seule poutrelle de la magnifique tour?

Eh bien à Bruxelles rien n'est impossible...Cinquante ans après la destruction de la Maison du Peuple  construite par Victor Horta en 1898 - sous le prétexte fallacieux d'une structure métallique devenue fragile (comme celle de la Tour Eiffel, sans doute) mais en réalité pour réaliser une opération immobilière abominable (dans tous les sens du terme)  - on remet ça avec le Palais de Justice. 


Des lions protecteurs mais pour combien de temps?
Le 27 mars 2015,  ce sont le bourgmestre de Bruxelles - Yvan Mayeur  - et son premier échevin - Alain Courtois -   qui se demandaient ouvertement  dans "Le Soir" si quelqu'un  (un ou des promoteurs immobiliers) ne tiraient pas les ficelles avec la complicité du Ministère (toujours fédéral) de la Justice... Pour rappel, le Service Public Fédéral Justice (SPF) a fait construire un nouveau Palais de Justice à Anvers - qui a coûté trois fois le budget initial -  et un autre  à Mons,  et il a rénové à grand frais le Palais de Justice de Liège... mais à Bruxelles, rien. Nada. Cela fait quarante ans que le Palais de Justice bruxellois  est entouré d'échafaudages pour des travaux de restauration qui n'ont jamais lieu...Et ces échafaudage sont eux-même rouillés aujourd'hui. 


La splendeur d'un palais que certains rêvent de détruire
Quarante ans que tout se dégrade et que la SPF Justice ne trouve pas un radis pour simplement entretenir le bâtiment mais trouve chaque année  des millions d'euros pour louer des bureaux  tout autour de l'édifice et y loger  à grands frais  tous les services du Palais. C'est tout bénéfice pour les promoteurs-propriétaires de ces immeubles.   La logique dans tout cela?  A la fin, du plus grand bâtiment du monde construit aux XIXème siècle pour glorifier la Belgique,  il ne restera qu'une coque vide que l'on proposera... de raser. 

Aux cris d'alarme des autorités bruxelloises vient donc s'ajouter maintenant celui du Fonds mondial pour les Monuments. Espérons que cette fois le message sera entendu  La Fondation Poelaert, créée en 2011, ainsi que des avocats et des magistrats bruxellois ont appelé ce vendredi les responsables politiques à sauver le Palais de Justice. "Nous recevons le signal des Etats-Unis que nous devons travailler ensemble et développer une vision commune"  a souligné le bâtonnier Dirk Van Gerven. Il y a comme une urgence cette fois. 







jeudi 21 mai 2015

Le mystère du Coq Rouge

Le mystère du Coq Rouge.

Couverture pour la première année du Coq Rouge 
En mai 1895, une nouvelle revue littéraire très confidentielle paraît à Bruxelles. Sa couverture est illustrée d'un flamboyant coq rouge Art nouveau qui donne son titre à la revue. 
120 ans plus tard, personne ne semble savoir qui a dessiné ce volatile... et pourtant... Et pourtant la réponse se trouve le 24 juillet 1897 dans le numéro 203 de la Revue encyclopédique publiée par Larousse. Ce numéro de 60 pages grand format consacré intégralement à la Belgique artistique et littéraire compte parmi tous ses contributeurs le gratin national des belles lettres de l'époque: Eugène Demolder, Georges Eeckoud, Camille Lemonnier, Octave Maus, Maurice Maeterlinck, Albert Mockel, Edmond Picard, Émile Verhaeren...

Extrait de la Revue Encyclopédique n°230
Albert Mockel attribue le dessin du Coq Rouge
à Théo Van Rijsselberghe
 L'article d'Albert Mockel consacré aux Lettres françaises (de Belgique) est illustré non seulement de 11 portaits d'écrivains mais aussi d'un dessin, un seul : le Coq rouge que Mockel attribue au peintre ...Théo Van Rysselberghe. Et ici on peut lui faire confiance car dans l'ensemble du n° 230 de la Revue encyclopédique 52 oeuvres d'art belge sont reproduites et correctement attribuées (dont... un tableau de Théo Van Rysselberghe). L'erreur est donc invraissemblable.


Et pourtant cette information n'a jamais été reprise dans les ouvrages consacré au travail d'illustrateur de Théo Van Rysselberghe... Les raisons semblent évidentes:
1)la Revue Encyclopédique est un peu oubliée aujourd'hui et
Editorial du 1er n° du Coq rouge
2) le nom du dessinateur du coq n'est jamais mentionné dans la revue. En revanche, dans le premier numéro, l'article éditorial présentant les objectifs de la revue commence par la lettre “E” incluse dans une image réduite de la couverture et cette image est “signée” XH. XH ce sont les initiales probables de Xavier Havermans, l'éditeur de la revue... Il n'en fallait pas plus pour que le coq devienne une oeuvre de Xavier Havermans ou XH par ailleurs inconnu comme artiste. A y regarder de près d'ailleurs le dessin de 
Lettrine signée XH 
la vignette diffère radicalement de celui de la couverture: ce n'est pas une reproduction photographique réduite du coq mais un plagiat assez maladroit. Conclusion: XH a probablement dessiné le coq de la lettrine, mais manifestement pas celui de la couverture...  Ce dessin , toujours signé des mêmes initiales, réapparaîtra l'année suivant au dos de 5 numéros du Coq Rouge, la lettre “E” étant cette fois remplacée par  Le /Coq Rouge/Revue/Littérairsur 4 lignes. Cette nouvelle version du Coq apparaît pour la dernière fois en septembre 1896... 
Le Coq rouge de Théo Van Rysselberghe dans toute sa splendeur
Ce n'est donc pas par erreur et encore moins par pur hasard qu'Albert Mockel a choisi en juillet 1897 de reproduire dans la prestigieuse Revue Encyclopédique le frontispice (ou plutôt l'illustration de la couverture) de la très modeste revue Le Coq rouge dans un numéro spécial  consacré aux grandes figures de la littérature et des arts belges “fin-de-siècle”. Une façon discrète mais essentielle pour lui de rendre à Théo ce qui appartenait à Van Rysselberghe.



lundi 16 mars 2015

Promenade n°6 : Les surprises hivernales de l'avenue Albert


Hiver 2015/2016
Mettez à profit ce temps extraordinairement doux pour aller admirer les merveilles Art nouveau de l'Avenue Albert à Bruxelles. En hiver,  les arbres dénudés de leur abondant feuillage laissent mieux voir tous les détails des façades de cette belle avenue qui a conserver presqu'entièrement son look fin de siècle. Bonne promenade

Moyens de transport :trams 23, 91 et 92, semi-métro ligne 3

L'avenue Brugmann et l'avenue Molière sont très représentatives des nouvelles conceptions esthétiques et urbanistiques bruxelloises qui s'imposent à la fin du XIXème siècle: larges avenues arborées et hôtels de maîtres bourgeois plus ou moins imposants... mais, parfois,  une grande liberté créatrice. Aujourd'hui, les arbres ont disparu de l'avenue Brugmann. Pas ailleurs, il vaut donc mieux se promener dans ces avenues en hiver ou au début du  printemps pour admirer quelques chefs d'oeuvre de l'Art nouveau bruxellois.
Au coins de ces deux avenues, 176, 178 avenue Brugmann - 177, 179 avenue Molière, Paul Vizzavona a construit en 1908 trois immeubles Art nouveau: l'hôtel Vandenbroeck (sur le coin) et deux maisons bourgeoises situées de part et d'autre de celui-ci.


L'hôtel Vandenbroeck (176 avenue avenue Brugmann, 179 avenue Molière . Paul Vizzavona 1908













 L'ensemble est remarquable par sa composition globale. Coté avenue Molière, il est précédé par un jardinet entouré de grilles forgées en “coup de fouet” et fixées par des piliers de pierres blanches sculptées dans l'esprit modernistes

La superbe  porte d'entrée du 176 avenue Brugmann.
Fer forgé en coup de fouet et verre anglais 
Les façades associent pierres blanches et baies à arcs surbaissés ou en anse de panier et éléments décoratifs typiques de l'Art nouveau (Paul Vizzavona a travaillé dans l'atelier de Victor Horta): encadrement des baies en lignes fluides, surperbes fers forgés des deux doubles portes d'entrée de l'hôtel Vandenbroeck, balustrade de la terrasse de la tourelle d'angle. L'intérieur de ce petit palais a été conservé mais il est de style néo-classique français ... avec un jardin d'hiver orné de chinoiseries. 

Les deux maisons qui l'entourent font la transition avec les voisinage sans renoncer au “vocabulaire” Art nouveau avec leurs pierres tailles sculptés et de superbes garde-corps courant sur toute la longueur des façades
Au 112 avenue Molière, on retrouve un peu de cet esprit dans la porte d'entrée et les piliers soutenant la grille du jardinet. Ce n'est pas le cas en face. 
Bas relief de Jef Lambeaux 
réalisé après sa mort
Ce n'est pas le cas en face. Au 153-155 avenue Molière, Jules Brunfaut (qui avait signé cinq ans plus tôt le merveilleux hôtel Hannon (voir promenade n°2) construit en 1907 le gigantesque hôtel Philippot. En adoptant un style néo-classique lourdeau. Brunfaut décrète à sa façon que pour lui l'Art nouveau appartient au passé (déjà!), mais y avait-il jamais cru? .
On retient cette façade uniquement pour le bas relief signé Jef Lambeaux, le sulfureux sculpteur fin de siècle emblématique et provocant (ce qui n'est pas vraiment le cas ici!).


En revanche, juste à côté, au 151 avenue Molière, Jean-Baptiste Dewin construit en 1907 sa maison personnelle dans le style géométrique initié par Paul Hankar.
Maison personnelle de Jean-Baptiste Dewin (1907)
151 avenue Molière 
Mais on y perçoit aussi les influences combinée de l'Écossais Charles Rennie Macintosh et du Viennois Joseph Hoffamnn (ce dernier était justement en train de créer à la même époque le fabuleux hôtel Stoclet, avenue de Tervueren).
                        
Désormais coincée entre l'hôtel Phillipot et un immeuble de 7 étages sans âme, cet objet insolite est d'une rare élégance avec ses fenêtres étroites dont la verticalité est encore accentuée par le dessin délicat des vitraux de la porte d'entrée et de l'imposte. Remarquez aussi, sous la corniche, les mosaïques représentant hiboux et fleurs stylisés. Elles sont un peu la signature constante de l'architecte...

Double bow-window avec son  délicat décor mosaïqué
indisociable de l'esprit de J.-B. Dewin au début du XXème siècle 



L'avenue Molière débouche en cet endroit sur la superbe avenue Albert. Traçée en 1892 à l'initiative du banquier-mécène d'origine allemande Georges Brugmann (décidément très influent dans ce quartier), elle a miraculeusement conservé presque toutes ses caractéristiques architecturales et urbanistiques d'origine, y compris sa longue drève centrale parcourue aujourd'hui par deux voies de tram (semi-métro) mais toujours bordée de maroniers plus que centenaires. . Elle est classée à juste titre zone d'intérêt culturel, historique et esthétique. Suivre son cours c'est l'immersion assurée au coeur du “Bruxelles-fin-de-siècle”.
Le premier étage du 217 avenue Albert
signé Albert J. Dosfeld (1906)
Au 217 avenue Albert, Albert J. Dosfeld construit en 1906 une maison qui réunit tous les archétypes du mouvement moderniste: façade de briques blanches vernissées rythmées par des bandes de couleurs orange; grande fenêtre circulaire bordée de briques vertes et blanches au 1er étage; garde-corps forgé en coup de fouet, triplet de fenêtres surmontées d'arcs outrepassés au dernier étage; bow-window surmonté d'une terrasse au dessus de la double porte d'entrée en verre blanc américain, fer forgé et boiseries caractéristiques: l'oval supérieur se reflétant dans la console soutenant le bow-window

 133 avenue Molière, Albert J. Dosfeld(1906)      


219 avenue Albert. A et A Toisoul
Porte d'entrée











 Surprise! A deux pas de là (tournez le coin), au 133 avenue Molière, Albert J. Dosfeld a construit la soeur jumelle de cette maison. Seuls quelques détails décoratif diffèrent.L'intention de l'architecte était évidente mais, aujourd'hui, entre ce deux maisons, un immeuble à appartements d'une rare banalité ne laisse plus qu'un regret: on aimerait imaginer  à quoi ressemblait le premier aménagement de ce coin de ville...  et on peut s'en faire une toute petite idée nostalgique  en regardant la maison construite dans le même esprit fin de siècle par les frères Auguste et Albert Toisoul,  au 219 avenue Albert, juste à côté de la maison Dosfeld. Cette maison vient d'être restaurée. La façade a retrouver  tout son éclat.  






198 avenue Albert. Architecte Alfred Frère (1908)
Au 198 Avenue Albert, Alfred Frère construit en 1908 son habitation personnelle dans le style Horta le plus pur. Une symphonie en blanc et noir. Les murs, de pierres et de briques blanches, seraient d'une grande sobriété s'il n'y avait cette courbe fluide en coup de fouet qui traverse toute la façade, reliant dans la même unité les baies vitrées de droite et de gauche à l'imposte centrale de la porte d'entrée. Le contraste de cette blancheur absolue avec les menuiseries noires est saisissant. A remarquer, les garde-corps en fer forgés qui s'ornent des symboles maçonniques : compas, équerre et le fil à plomb... L'Art nouveau c'est aussi une affaire d'idée.
L'Art nouveau ou
la perfection de la beauté comme un manifeste 
Les murs, de pierres et de briques blanches, seraient d'une grande sobriété s'il n'y avait cette courbe fluide en coup de fouet qui traverse toute la façade, reliant dans la même unité les baies vitrées de droite et de gauche à l'imposte centrale de la porte d'entrée. Le contraste de cette blancheur absolue avec les menuiseries noires est saisissant. A remarquer, les garde-corps en fer forgés qui s'ornent de symboles maçonniques : compas, équerre et fil à plomb... L'Art nouveau c'est aussi une affaire d'idées.


Juste à gauche de cette belle maison, les 194 et 196 avenue 
196 et 194 avenue Albert
Albert, quoique plus modestes, témoignent aussi de l'engouement des bruxellois pour l'Art nouveau local. On y voit sur les travées principales, deux compositions triangulaire inversées. A gauche, partant du haut, 4, puis 2 puis 1 baie, à droite c'est 3, 1, 1. Les garde-corps en fonte sont tous de même modèle floral en coup de fouet ce qui confère une incontestable unité à l'ensemble. 

En passant, remarquez le très beau vitrail-paon dominant
Vitrail-paon, 135 avenue Albert
 la porte d'entrée du 135 avenue Albert. On en verra d'autres un peu plus avant...











Au 131 avenue Albert, J. Renard signe en 1913 cette belle façade de briques vernissées blanches et verte avec rehauts de pierres bleues qui a conservé tout son charme délicat malgré la transformation de la baie du sous-sol en porte de garage et le remplacement des garde-corps d'origine par de très sobres ferroneries modernes.
La façade comme un extraordinaire tableau offert pour le seul plaisir des yeux à tous les passants. Architecte J. Renard - Créateur de la majolique Célestin Helman(1913)
Le panneau en majolique dominant les trois fenêtres du second étage a été réalisé par Celestin  Helman de Berchem-SainteAgathe, dont on reparlera un peu plus loin. Très beaux vitraux Art nouveau au-dessus de la porte d'entée

En 1911, au 84 avenue Albert, Paul Vizzavona signe avec panache sa dernière réalisation Art nouveau..
84 avenue Albert. Paul Vizzavona (1911)

Modeste mais très belle maison de pierres blanches dominée par une large corniche soutenue par cinq doubles consoles aériennes . Superbes ferronneries en coup de fouet tant pour les garde-corps des balcons que pour la porte d'entrée qui allie verre américain blanc et métal. Toutes les fenêtres sont magnifiées par des encadrements taillés en coup de fouet directement dans la pierre.

Daté de 1907, le 60 avenue Albert est bien dans l'esprit libre du temps. D'inspiration mauresque, la  façade est
Balcon du 60 avenue Albert 

particulièrement spectaculaire avec ses  briques vernissées blanches et vertes et ses pierres bleues sculptées de symboles cabalistiques mystérieux. Un petit regret: les nouvelles boiserie des étages ne sont pas du tout en harmonie avec l'ensemble. mais ne gâchons pas notre plaisir...  








...L'imposte au dessus de la porte d'entrée est tout aussi réjouissante avec son  paon vitraillé enfermé dans une cage de briques  émaillées et de pierres bleues 


Juste en face, au 89/91 avenue Albert, Arthur et Auguste Toisoul qui avaient déjà construit le n°219 de la même avenue édifient  dans la première décennie du XXème
89-91 avenue Albert (A. et A. Toisoul)
siècle ce gros immeuble où s'annonce déjà l'art déco des  années '20 (notammant à travers les portes en fer forgé)Cependant les encadrements des fenêtres sculpté dans la pierre, et surtout, l'ancien numéro de cet édifice (57) ne laissent aucun doute sur l'esprit qui animait encore ces architectes.

Conséquence de l'explosion démographique bruxelloise au début du XXème siècle, tout un quartier de logements sociaux fut créé  rue Georges Rodenbach en bordure de l'avenue Albert. Aux 37-39  Henri Jacobs y ajouta l' École communale n°4 suivant les idées qu'il avait déjà mises en application dans plusieurs autres quartiers de la ville: souci constant d'ouvrir les jeunes esprits non seulement à la connaissance mais aussi au culte de la beauté(voir promenade n°5, 1ère partie et d'autres... à venir) 
L'ensemble des logements sociaux rue Rodenbach et, à l'avant plan, façade blanche, l'entrée de  l'école construite par Henri Jacobs.
En briques rouges la résidence du directeur de l'école


 Au n°37, donc, se trouve l'école elle-même: façade de pierre blanche appuyée sur un soubassement de pierre bleue. La porte à deux battants, ornée de belles ferronneries Art nouveau, est surmontée par un grand arc surbaissé portant les armoiries de la commune de Forest. Au premier étage, une large baie divisée par trois menaux de pierre blanche sculptés éclaire la salle cours. La façade se termine par un  entablement dont la corniche supporte un élégant parapet Art nouveau composé de pierres ajourées et de fers forgés. Le hall d'entée décoré de superbes sgraffites donne accès à un grand préau lumineux distribuant les classes. 


Balcon du 39 rue Georges Rodenbach
Henri Jacobs
Au n°39, résidence du directeur, : balcon avec garde-corps       en fer forgé en coup Art nouveau  et sgraffites Art nouveau.
Depuis 1990, cet ensemble scolaire est occupé par l'École en couleurs (pédagogie laïque Decroly).
.
Entrée
de la cité sociale de la rue Marconi
Léon Govaert (1902)
En quittant cette école, remontez la rue Rodenbach puis prenez à droite la rue Vanden Corput et encore à droite la rue Marconi. Le même Henri Jacobs , Émile Hellemans (créateur de la première cité sociale construite à Bruxelles, dans la quartier des Marolles - promenade n°5, 1ère partie) et Léon Govaerts y ont construit en 1901-1902 un autre ensemble de logements sociaux dont l'élément le plus marquant est la façade du 32 rue Marconi. Léon Govaerts y crée pour l'occasion une entrée Art nouveau “expressionniste” sidérante par son audace .

Poursuivez votre promenade  jusqu'au début de l'Avenue Albert d'où vous aurez une vue superbe sur le parc de Forest. A gauche et à droite belle collection de maisons Art nouveau.

Côté gauche, jetez un coup d'oeil en passant aux 127 (villa Rhéa), 121 et 119  de l'avenue Victor Besme et vous aboutirez au 103 avenue Besme. Alphonse  Boelens y
103 avenue Victor Besme. Alphonse Boelens (1903)

 construit en 1903 une superbe villa Art nouveau entourée sur trois côtés d'un jardin japonisant. Cette oeuvre parfaitement maitrisée est située à un endroit privilégié: elle domine toute la vue sur le parc dessiné 30 ans plutôt par Victor Besme.
Pour la petite histoire, il y a trois décennies cette maison échappa de justesse aux griffes d'un promoteur immobilier qui projetait de la remplacer par un bloc d'appartements. Elle est aujourd'hui classée et restaurée avec fidélité.
Une fois de plus il s'agit de l'oeuvre d'un jeune architecte (Boelens a 26 ans) avide de modernisme.
Baie du rez-de-chaussée éclairant de grandes salles de réception.
Alphonse Boelens (1903)
Les deux baies du sous-sol et du rez-de-chaussée forment un ensemble unique serti dans un encadrement de pierres bleues sculptées en coup de fouet. Les fers forgés et le grand chassis à petits bois achevant d'en souligner l'originalité. Au premier et au second étages les garde-corps Art nouveau sont en fer forgé ou en bois. A. Boelens a choisi de traiter toute la façade en pierres bleues et en briques vernissées blanche mais il ajoute des rehauts d'ocre en disséminant un peu partout des sgraffites floraux. La teinte des boiseries est d'origine. A remarquer aussi particulièrement la porte d'entrée avec sa double imposte et ses étonnants vitraux en harmonie avec les feronneries. L'intérieur de cette villa est pratiquement dans son état original avec un beau départ Art nouveau de la rampe d'escalier.
Juste en face, au 5 avenue du Mont Kemmel, Arthur Nelissen, architecte d'origine hollandaise, se construit une

L'étonnant balcon immaginé par Arthur Nelissen 
 maison personnelle d'une audace qui la classe parmi les chefs d'oeuvre de l'Art nouveau bruxellois et même mondial (plans déposés en 1905). Sa façade asymétrique en briques vernissées blanches, vertes et grises est étroite (5 mètres seulement) mais elle est magnifiée par la compositionen lignes de fuite et en anneaux multiples de la grande baie circulaire du premier étage. Les fenêtres et la porte du rez-de-chaussée sont serties dans un encadrement de pierres bleues sculptées en courbes et gardées par de fins fers forgés à motifs géométriques abstraits qui se répètent dans les garde-corps des deux balcons supérieurs. Le décor original de cette maison et son organisation spatiale ont été grandemant conservés: cage d'escalier centrale avec verrière zénitale, fresque aux paons de la pièce de réception, mosaîques Art nouveau au sol etc.
Deux chefs d'oeuvre de l'Art nouveau bruxellois.
Côte à côte 
Au 6 avenue du Mont Kemmel, Célestin Helman, ingénieur et architecte, a probablement érigé lui-même sa propre demeure à côté de celle de Nelissen. Mais Helman utilise surtout la façade comme support promotionnel pour son atelier de la chaussée de Gand, Les Grès Helman, où il fabrique depuis 1897 vitraux, grès décoratifs, majoliques etc. . Parmi ses réalisations, la plus remarquable et la mieux conservée est incontestablement le décor maritime du restaurant Chez Vincent, rue des Dominicains (promenade n°5/1). On y voit encore le panneau annonçant les prix pratiqués en...1913! La verticalité de la façade est accentuée par l'oriel courant sur deux étages au-dessus de la porte et se prolongeant par la lucarne-pignon éclairant les combles. Helman décore l'ensemble de multiples panneaux déclinant de façon variées le même motif floral stylisé.

Détail de la façade du 6 avenue du Mont Kemel.
Le maître des majoliques y fait la promotion de se produits.  
Les fenêtres du rez-de-chaussée et des deux premiers étages ont conservés leurs vitraux néo-rennaissance signés par le maître-verrier T. Driessens. Beaux fers-forgés d'Art nouveau géométrique pour la porte d'entée et le balcon dominant l'oriel. Décor intérieur conservé (notamment les cheminées Art nouveau).


Moyens de transport:  place Albert : semi métro ligne 3, trams 55 et 90

Malgré nos recherches, il ne nous a pas toujours été possible de déterminer la date du décès des architectes ou des artistes ayant réalisé une oeuvre montrée dans cet article ou de contacter leurs ayants droit. Toute précision ou information  sera immédiatement prise en compte. Sans autorisation, le ou les documents photographiques concernés seront immédiatement retirés. .