jeudi 7 août 2014

PROMENADE n°5 : Au coeur de la ville (1)

Point de départ : place Louise. Parkings: place Poelaert et boulevard de Waterloo; métro ligne 2 et 6; trams 92 et 94 ; bus n°6, 8,10 et 11.


1- A l'ombre du Palais de Justice
Palais de Justice de Bruxelles, oeuvre de Joseph Poelaert 
Construit entre 1860 et 1883 par Joseph Poelaert, le Palais de Justice de Bruxelles  fut longtemps le plus colossal de tous les bâtiments d'Europe et même du monde. Il symbolisait, à sa façon, la formidable réussite de la "jeune Belgique" devenue en un demi siècle seulement  la seconde puissance industrielle de la planète, juste  derrière la Grande-Bretagne.  
Pas de doute, pour Joseph Poelaert
Bruxelles en 1880 est vraiment la nouvelle Babylone

Incontournable donc! Son style -  néo-assyro-babylonien (eh oui!) -  n'a en principe  rien à voir avec l'Art nouveau bruxellois mais en jetant un coup d'oeil à l'intérieur et à l'extérieur de ce palais unique au monde vous découvrirez vite que par son extravagance et sa liberté de ton  absolue il témoigne déjà du bouillonnement intellectuel qui s'annonce dans la  très provinciale capitale belge. On peut se promener librement dans cet édifice aux heures d'ouverture 


Juste derrière le Palais de Justice la jolie place Jean Jacobs a perdu tout un pan de ses belles maisons fin de siècle remplacées par des bureaux anonymes. Mais l'autre côté a heureusement conservé son allure originale.


15 Place Jean Jacobs. Jules Brunfaut (1903)
Au 15 Place Jean JacobsJules Brunfaut a construit une assez insipide maison de style éclectico-médiéval. Elle  n'attirerait guère notre attention si le même Jules  Brunfaut n'avait été en 1903  l'auteur du merveilleux hôtel Hannon,  l'un des principaux chefs d'oeuvre de l'Art nouveau bruxellois (voir en ouverture de la promenade n°2).



9 place Jean Jacobs -. Georges Hobé (1904)
























En revanche, au  9 Place Jean Jacobs, Georges Hobé,  ébéniste de métier, ce créateur de meubles Art nouveau, venu sur le tard à l'architecture,  signe à l'âge de cinquante ans (1904) une très belle maison moderniste.  Utilisant uniquement briques blanches et pierres blanches,  il compose une asymétrie harmonieuse  en jouant sur la forme des fenêtres. Au rez-de-chaussée, elles sont en plein cintre avec une porte largement ajourée et garnie de fers forgés. Au premier étage, la large baie vitrée se décompose en trois partie avec un bow-window triangulaire central couronné d'une terrasse (qui, après restauration,  a retrouvé son garde-corps en fer forgé de style géométrique). 
Au dessus de chaque fenêtre un panneau décoratif en pierre orné de trois cercles énigmatiques. Et comme sa voisinne, la façade se termine étrangement en un demi oval de pierre blanche couronné d'un demi cercle lui aussi très énigmatique.


7 place Jean Jacobs.
Georges Pereboom (1902.
 


Juste à côté,  Georges Pereboom (voir promenade n°2 sa maison personnelle) a composé en 1902 une façade dans un esprit moderniste presque identique...en apparence du moins.  Tout l'intérêt de ce duo exceptionnel réside donc dans la confrontation immédiate de deux façons d'aborder l'Art nouveau  Ici, pas de rigueur géométrique mais plutôt de la poésie:  la porte d'entrée en belle boiserie est surmontée d'un très classique  figure féminine et, au dessus, de l'auvent, l' imposte est garnie d'une rosace gothique en fer forgé. Pereboom mélange les éléments sans grande rigueur tout à l'opposé de Georges Hobé  Cette maison que l'on pourrait qualifiée d'Art nouveau rococo est couronnée comme sa voisinne par un demi oval portant un message: ici  une sorte de chandelier en fer forgé à neuf branches qui fait inévitablement penser à une hanoukkia, symbole de la Fête juive des LumièresMême type de fer forgé sur les côté pour l'ancrage de la façade.

Avant de quitter la place Jean Jacobs, jetez encore un coup d'oeil aux n° 1 et 3 qui font angle avec la rue aux Laines. Maisons très étroites et d'aspect banal mais bourrées de petits éléments Art nouveau.
Suivez ensuite la rue Wynants puis l'étroite rue du Faucon qui plonge vers le quartier historique des Marolles et aboutit à la rue Haute, une des plus ancienne  rue de Bruxelles, dont le tracé date du Moyen-Age.

2 - La Cité Hellemans

En tournant à gauche dans la rue Haute, on arrive à la Cité Hellemans (du nom de son concepteur , l'architecte Emile Hellemans, qui l'a imaginée dès 1905 et mise en chantier entre 1912 et 1915). 
La Cité Hellemans, côté rue Blaes (1915). 
Dès  sa création des magasins avaient été prévus 
pour assurer le bon fonctionnement de la cité. Ils sont toujours là.

Ce sont les plus anciens logements sociaux de Bruxelles, conçus dans l'esprit hygiéniste britannique et l'esprit moderniste belge, alliant confort et esthétique Art nouveau (bandes de briques polychromes, oriels, formes et répartition des fenêtres etc). Ils ont remplacé un réseau serrés d'impasses et de rues misérables où habitaient plus de mille personnes. Cet ensemble exceptionnel de 273 logements comprend sept barres parallèles séparées par de larges allées piétonnes qui favorisent l'ensoleillement (chaque appartement a son balcon ou sa terrasse). Les allées ont reçu le nom d'un des petits métiers artisanaux pratiqués dans les Marolles : rues des Ramoneurs, des Chaisiers etc. Les barres sont reliées entre elles par des passages sous arcades qui donnent un caractère monumental à l'ensemble. Conçue pour durer quelques décennies, la cité Hellemans vient d'être entièrement rénovée, restaurée et modernisée tout en conservant sa fonction sociale. Elle fêtera son centième anniversaire en 2015
Rue transversale sous arcades de la cité Hellemans . 


En quittant la cité Hellemans, rejoignez la rue des Capucins qui relie la rue Haute  et la rue Blaes. S'y trouve la première école normale réservée aux filles de Bruxelles. 

3 - Une école signée Henri Jacobs

Première école normale pour jeune fille pauvre de Bruxelles. H. Jacobs (1910)


La ville de Bruxelles, en effet,  ne s'est pas contentée de créer des logements sociaux dans un des quartiers les plus misérables de la ville, elle y a aussi établi tout un réseaux d'enseignement. Exemple : au 58 rue des Capucins, Henri Jacobs (1864-1935) construit une école normale pour jeunes filles (école Emile-André rebaptisée aujourd'hui Institut Emile Diderot)
Elle a été inaugurée en 1910, bien avant que commencent  les travaux de la cité Hellemans.

Détail du préau de l'école normale de la rue des Capucins
Ce bâtiment d'aspect sévère cache un véritable trésor artistique: un préau stupéfiant par sa décoration lumineuse totalement Art nouveau. Grandes baies vitrées qui donnent sur une cour intérieure, galerie avec consoles et garde-corps modernistes , nombreux lustres électriques presqu'intégralement dans leur état d'origine, décoration au pochoir des petites voûtes en berceau du plafond et enfin nombreux sgraffites éducatifs signés Privat-Livemont.
Bref, une oeuvre totale où l'Art nouveau se met au service de l'enseignement, dans un milieu très populaire.








En semaine, l'école est facilement accessible et il est possible d'obtenir l'autorisation de pénétrer à l'intérieur du préau. 



Après cette visite (si vous avez eu un peu de chance!), descendez la rue des Capucins, tournez à droite dans la rue Blaes et puis  tout de suite à gauche..

4 - "Le" jardin d'enfant de Victor Horta

Au n°40 rue Saint-Ghislain, Victor Horta est le premier à se préoccuper du rôle social de l'architecture Art nouveau. L'idée de départ est venue du bourgmestre de la ville, Charles Buls. Séduit  en 1895 par une des premières oeuvres révolutionnaire de l'architecte, la maison Frison (voir presqu'à la fin de cette promenade), il le mit au défi de construire dans le même esprit un jardin d'enfants au coeur du quartier le plus déshérité de la ville. Victor Horta releva le gant, mais fidèle à ses principes sociaux et philosophiques, il prit tout son temps pour faire de ce modeste  projet un véritable manifeste de l'Art nouveau.
La construction est simple: quatre classes seulement et un vaste préau éclairé par une grande lanterne appuyée sur une légère charpente métallique. Mais la façade en pierre bleue, pierre d'Euville et pierre blanche de Gobertange est une véritable leçon sur l'Art nouveau lui-même. Certaines pierres sculptées ont exigé le travail d'un ouvrier-artisan pendant trois semaines. La marquise qui protége des intempéries repose sur de magnifiques consoles en fer forgé ouvragées en coup de fouet. Elles s'écartent en éventail, symbolisant aux yeux de l'architecte la croissance et l'épanouissement des enfants.

En quittant le Jardin d'Enfants descendez un peu plus bas dans la rue Saint-Ghislain et, pour un nouveau coup de coeur, prenez la rue de Nancy, à droite.

5 - Une maison d'artiste en 1900

Autour de 1900, beaucoup d'artistes, peintres, musiciens, sculpteurs ont voulu s'installer dans une maison Art nouveau conçue spécialement pour eux. C'est le cas du jeune peintre Albert Cortvriendt  qui serait sans doute totalement oublié aujourd'hui si il n'avait confié la construction de sa maison et de son atelier (6-8 rue de Nancy) à  un de ses amis:  Léon Sneyers. En 1900, Albert Cortvriendt a 25 ans, Léon Sneyers 23. Ce sont deux jeunes hommes provocateurs et modernes. Sneyers a été élève de Paul Hankar le grand initiateur de l'Art nouveau géométrique. Cette première maison en est une déclinaison personnelle éblouissante. Mais ce sont les éléments décoratifs qui apportent une sorte de magie indéfinissable à cet ensemble ensemble architectural unique. 
Double porte d'entrée ajourée du 6 rue de Nancy (entrée principale).
Vitraux géométriques inspirés par les masques africains. 

Sgraffite géométriste conçu pour le 6-8 rue de Nancy.
par  Paul Cauchie, ami de Léon Sneyers et  aussi élève de Paul Hankar.

Au début de la rue des Tanneurs, prenez à droite la rue du Miroir puis à gauche la rue des Tanneurs.

6 – Pause au Palais du vin

En 1892, Ernest Catteau, patron de la société Brias et Cie (fournisseur de la Cour en pâtisseries, vins et liqueurs) achète l'ancienne boulangerie économique installée au 60 rue des Tanneurs. Il la rase et crée à la place un grand entrepôt vinicole. Le succès est tel qu'en 1910 il faut agrandir le bâtiment: l'occasion d'une opération de prestige. Au n°50-62 rue des Tanneurs, Fernand Symons imagine donc – dans un style gothico-art nouveau - une superbe façade en briques jaunes vernissées et en pierres blanches. 
Palais du vin construit par Fernand Symons en 1910
Le Palais du Vin s'étant délocalisé dans les dernières années du XXème siècle, le bâtiment été rachetés par le Centre public d'aide social de Bruxelles en 1996 et restauré intégralement, en même temps que celui du Marché-Pède, qui était spécialisé dans le textile. A voir particulièrement les anciennes grandes halles à barriques de vin. Spectaculaire!
Aujourd'hui le Palais du Vin est devenu Les Ateliers desTanneurs, un centre d'économie locale. Il abrite  un café restaurant ouvert à tous. La belle occasion de faire une pause avant la suite de la promenade.  

7- Le fantôme de Victor Horta 

Après avoir repris des forces, revenez sur vos pas rue des Tanneurs. Il vous faudra ensuite traverser une sorte de no man's land  résultat de la pire opération urbanistique bruxelloise : la construction de la jonction feroviaire entre la Gare du Midi et  le Gare du Nord.
Les travaux ont duré un demi siècle  et se sont achevés en 1954 en laissant le centre ville complètement dévasté.

Remontez donc par la rue des Brigittines  vers la place de la Chapelle et une tour en béton  visible de tout le quartier. C'est l'immeuble-sacrilège qui a remplacé la célèbre Maison du Peuple construite par Victor Horta en 1898 et rasée en 1964 par pure spéculation immobilière.

La tour de béton qui a remplacé la Maison du Peuple de Victor Horta.
Elle est toujours au milieu d'un capharnaum urbanistique
La rue des Brigittines vous conduit donc à la place de la Chapelle puis à la rue Joseph Stevens. Juste en face de la tour en béton se trouve la petite place Emile Vandervelde, ainsi rebaptisée tardivement en mémoire du leader socialiste qui commanda   la Maison de Peuple à Victor Horta... Misérable signe de contrition!!!!
Quoiqu'il en soit, sur cette petite place au 22 rue Joseph Stevens, Paul Hermanus a construit un petit immeuble de rapport tout à fait dans l'esprit Art nouveau. Cet architecte est essentiellement  connu pour avoir bâti à Ixelles, au coin de la rue de l'Abbaye et de la chaussée de Vleurgat,  l'hôtel particulier d'Anna Boch dont il était un grand ami. Cet hôtel fut malheureusement remplacé dans les années '50 par un vulgaire immeuble de rapport. Mais il faut savoir que la richissime Anna Boch, mécène des arts, musicienne et grande figure de la peinture néoimpressionniste belge, demanda aussi à Victor Horta de meubler son hôtel.   
Plan de la façade (côté rue de l'Abbaye) de l'Hôtel particulier d'Anna Boch
dessiné par Paul Hermanus
Étrange coïncidence!  Paul Hermanus construit face à la Maison du peuple de Victor Horta  et Victor Horta meuble l'hôtel particulier d'Anna Boch.. L'hôtel d'Anna Boch et la Maison du peuple ont été détruits. Que reste-t-il de cette rencontre entre deux architectes? Le 22 rue Joseph Stevens. 
Et ici l'on voit qu'entre le projet initial de Paul Hermanus et sa réalisationil y a une simplification remarquable... Sous l'influence de Horta?  Peut être? A vous de juger...

Projet de façade initial 
un peu tarabiscoté pour
 le 22 rue Joseph Stevens. 
Architecte : 
Paul Hermanus
Le 22 rue Joseph Stevens 
tel que réalisé.
En face se trouvait 
la Maison du Peuple
de Victor Horta
Au 29 rue Joseph Stevens on trouve un autre  immeuble avec rez-de-chaussée commercial typiquement Art nouveau avec ses majoliques à décor floral vert d'eau, ses gardes corps en fer forgé dessinés en coup de fouet et son élégante légèreté qui contraste singulièrement avec un environnement architectural beaucoup plus dans le tradition bruxelloise.


29 rue Joseph Stevens 


































8 - Le quartier du Sablon

En sortant de la rue Joseph Stevens vous entrez automatiquement dans le très chic quartier du Sablon,  réputé pour ses magasins d'antiquités et son marché des samedis et  dimanches . Dans cet environnement qui n'a guère échappé  à la folie destructrice des années 50-80 on trouve encore  quelques  remarquables témoins Art nouveau. Et d'abord, l'Hôtel Frison, de Victor Horta,  37 rue Lebeau construit en 1895 pour un avocat   (c'est en découvrant cette maison que Charles Buls, bourgmestre de Bruxelles, demanda à l'architecte le Jardin d'enfant de la rue Saint-Ghislain - voir point 4 de cette promenade). 
La façade de cet hôtel a été partiellement défigurée pour créer une grande vitrine commerciale à l'époque où l'oeuvre de  Horta était purement et simplement vouée aux gémonies. Mais l'intérieur est en très bel état avec plusieurs élément remarquables - rampe d'escalier, manteaux de cheminées, portes et poignées, et surtout la grande verrière vitraillée du Jardin d'hiver (superbement restaurée).

A voir aussi  le seul sgraffite commercial bruxellois qui à survécu aux injures du temps : l'enseigne de la boulangerie  
De Zonne Bloem,  40 rue des Minimes (pour l'instant magasin de livres d'art).
Plusieurs maîtres de l'Art nouveau ont décoré des façades commerciales. 
Aucune n'a survécu sauf celle-ci

Il y a aussi les 9 et 11 rue Charles Hannssen, l'un dans le style Art nouveau gothique et l'autre ornée en son sommet d'un grand sgraffite  aux bébésarchitectes, signe probable de l'activité du maître des lieux.


11 rue Charles Hannssen
Bébés architectes, 9 rue Charles Hannssen
















9 - La pause au Perroquet 

Enfin vous ne pourrez raté le café-restaurant Le Perroquet (31 rue Watteeu). Il fait angle avec la rue Charles Hannssen.  Autrefois c'était le bien nommé "Café du Palais",  lieu de rendez-vous de tous les avocats bruxellois qui passaient une bonne partie de leur temps dans cet énorme Palais de Justice qui fut notre point de départ. La boucle est donc bouclée.

Le bar du Perroquet: une des rares et superbes survivances de l'esthétique "bistrot" de l'Art nouveau 
Ce charmant petit café-restaurant  a conservé intégralement son modeste décor de boiseries Art nouveau, son comptoir d'époque, ses vitraux (restaurés) et ses délicieux sgraffites aux figures féminines. Bref, le lieu poétique idéal pour terminer une longue promenade.
Sgraffite décorant le Perroquet

Malgré nos recherches, il ne nous a pas toujours été possible d'identifier l'artiste de certaines oeuvres ou de déterminer la date du décès des architectes ou des artistes ayant réalisé une oeuvre montrée dans cet article ou de contacter leurs ayants droit. Toute précision ou information  sera immédiatement prise en compte. Sans autorisation, le ou les documents photographiques concernés seront immédiatement retirés. . 





























































Isidore De Rudder, sculpteur 
Hommage à Isidore de Rudder (1845-1943), figure marquante de l'Art nouveau belge. Une de ses oeuvres en mabre de Carrarre, installée place Charles Graux à Ixelles depuis 1954, vient d'être restaurée et a retrouvé toute sa blancheur éclatante. 
la
La Vieille Fontaine. Isidore De Rudder







Curieusement intitulée La Vieille Fontaine – sans doute pour faire oublier aux pudibonds ixellois qu'il s'agit surtout de ravissantes jeunes femmes très dénudées - ce groupe sculptural témoigne du talent aussi prolifique que diversifié d'Isidore De Rudder, à la fois sculpteur, peintre, céramiste, graveur  et créateurs de tapisseries qu'il fit tisser par son épouse Isabelle. Quelques-unes de ces superbes tapisseries ornent notamment la grande Salle des Mariages de l'Hôtel de Ville de Saint-Gilles (promenade n°4 - Autour de l'Hôtel de Ville de Saint-Gilles).


Petit drame imprévu  : l'éclatante statue est littéralement prise d'assaut par des pigeons fort peu respectueux de sa beauté. Beaucoup de boulot en perspective pour les services de nettoyage de la Commune d'Ixelles
"Pigeons, vous avez dit pigeons!"



dimanche 18 mai 2014

Le Musée Horta s'agrandit

Jules Brunfaut, dont le chef d'oeuvre architectural est incontestablement l'Hôtel Hannon, construit en 1902 (voir promenade n°3), aura donc son nom définitivement associé à celui de Victor Horta. La maison qu'il a construite en 1900, inspirée du style siennois mais  marquée par le goût pour l'asymétrie de l'Art nouveau bruxellois, jouxte en effet le Musée Horta (ancienne maison privée du maître). Acquise il y a quelques années par la commune de Saint-Gille  elle va devenir l'entrée principale du musée en même temps que son extension.
27 rue Américaine,  Jules Brunfaut . 1900
Future entrée du  Musée Horta (25 rue Américaine)
Les travaux dureront une vingtaine de mois. En 2016, le Musée Horta sera donc devenu un GRAND MUSEE INTERNATIONAL.  En 2013, Il a accueilli 64 000 visiteurs contre 2000 en 1970 (année de son ouverture). Un chiffre énorme (200 à 250 visiteurs par jour)  pour ce qui n'est tout de même qu'une maison particulière. L'extension comprendra une cafétéria, une bibliothèque consacrée à l'Art nouveau, une salle d'exposition et des archives. Grâce aussi à cette extension, le jardin de la maison Horta sera accessible au public, ce qui n'est  pas possible actuellement.



Signalons au passage que l'on trouve au 53 rue Américaine une très belle maison Art nouveau. Elle est signée Camille Damman.
Composition Art nouveau en fer forgé
entre les fenêtres du demi sous-sol  et  du rez-de-chaussée surélevé.
53 rue Américaine. Camille Damman (1902)


Malgré nos recherches, il ne nous a pas toujours été possible de déterminer la date du décès des architectes ou des artistes ayant réalisé une oeuvre montrée dans cet article ou de contacter leurs ayants droit. Toute précision ou information  sera immédiatement prise en compte. Sans autorisation, le ou les documents photographiques concernés seront immédiatement supprimés. 



mercredi 14 mai 2014

PROMENADE n°4 Autour de l'Hôtel de Ville de Saint-Gilles
(voir aussi promenade n°2)
Trams métro: Métro : Horta / Tram : 18, 23, 55, 81, 82, 90 / Bus : 48, 54.


Commune en plein essor à la fin du XIXème siècle, Saint-Gilles prouve le caractère extraordinairement populaire de l'Art nouveau bruxellois (voir promenade n°3). 
L'environnement immédiat de l' Hôtel de ville en témoigne.

L'Hôtel de ville de Saint Gilles

La logique aurait voulu que ce bâtiment inauguré en 1904 soit dans l'esprit moderniste qui faisait vibrer tout Bruxelles à l'époque. Et bien non...Dix ans après le coup d'éclat de Victor Horta, pourtant citoyen de Saint-Gilles et déjà vedette internationale, c'est le style Renaissance (époque Louis XIII) qui l'emporte... L'Architecte, Albert Dumont, réalisera pourtant avec son fils Alexis quelques maisons Art nouveau...Mais au moment où il est choisi par la commune de Saint-Gilles, on est en 1896...un peu trop tôt. 
L'Hôtel de Ville de Saint Gilles : un château français signé Albert Dumont (1896-1904)...


...avec son étonnant campanile.
Mais la révolution moderniste  s'insinue quand même dans le nouvel édifice et lui conféra dès le départ un rôle inattendu de musée d'art contemporain: sculptures, peintures, fresques, tapisseries. Rien n'est trop beau pour ce moderne palais démocratique... Tous les artistes qui ont apporté leur contribution habitaient le Saint-Gilles de l'époque.


La Déesse du Bocq. Jef Lambeaux
A tout seigneur tout honneur, une statue du sulfureux Jef Lambeaux s'impose aujourd'hui comme une évidence dans la cour d'honneur de l'édifice. Comme une évidence? Oui, car ce ne fut pas toujours le cas. En 1900 cette Déesse du Bocq  fut jugée si scandaleuse qu'on la relégua pendant sept décennies dans une cave de l'Hôtel de ville.
On raconte que lorsqu'on la sortit de sa retraite forcée  les seins divins avaient été polis et repolis par de si nombreuses mains  qu'il fallut, pour éviter le scandale, les ternir avant de les exposer enfin. 
La Déesse du Bocq,  symbolise la source wallonne qui alimente en eau la commune de Saint-Gilles. 







D'autres statues ornent la façade de l'édifice (dix sculpteurs ont apporté leur collaboration) , mais c'est encore  une oeuvre de Jef Lambeaux qui trône magistralement dans  le spectaculaire hall d'entré de l'Hôtel de ville. Et elle s'intitule en toute simplicité : Volupté . Et personne ne songe à la renvoyer dans une sombre oubliette infernale. 
Volupté de Jef Lambeaux.
Derrière elle, à travers la fenêtre, on distingue l'avenue Jef Lambeaux ...C'est tout dire

Dans le même hall,  sous un caisson en verre qui la protège des agressions atmosphérique, 
La Porteuse d'eau de Julien Dillens
la Porteuse d'eau  de Julien Dillens. Cette image modeste mais emblématique de la commune  orna longtemps, sous un spectaculaire échafaudage métallique  Art nouveau, le carrefour dit Barrière de Saint-Gilles à cent mètres de l'Hôtel de  Ville. Une réplique (sans échafaudage) l'a remplacée.














Le Hall d'entée est aussi orné de grandes fresque signées par un peintre de la tendance  symboliste  longtemps oublié, mais qui a retrouvé accidentellement une célébrité: il avait eu la bonne  idée de confier à l'un des plus grand architectes Art nouveau, Paul Hankar,  le soin de construire sa maison rue de Facqz. Elle est célèbre aujourd'hui dans le monde entier  sous le nom d'Hôtel Ciamberlani.
Fresques d'Albert Ciamberlani pour l'Hôtel de ville de Saint-Gilles
Ne vous étonnez pas : toutes ces fresques ont un caractère éminemment bucolique, évoquant la vie à la campagne, les travaux des champs.  C'est un choix très volontaire. La plupart des habitants de Saint-Gilles sont en 1900 des primo arrivants comme on dit aujourd'hui, ce sont des émigrés de l'intérieur. Ils viennent des campagnes voisines où ils ont encore toutes leurs attaches familiales et sentimentales. Les fresques d'Albert Ciamberlani sont là pour les apaiser, les rassurer...  

Si vous avez de la chance, vous pourrez aussi visiter la salle des mariages de l'Hôtel de ville de Saint-Gilles. Son plafond  a été décoré par Fernand Khnopf, star du symbolisme belge, ses murs par unes série extraordinaire de tapisserie dessinée par Isidore de Rudder et tissées par son épouse Isablle, deux acteurs essentiels de l'Art nouveau bruxellois
Détail d'une tapisserie d'Isidore et Isabelle de Ruder pour la Salle des mariages


Détail d'une des peintures de Fernand Khpnoff  ornant le plafond de la Salle  des mariages 

Faut-il le rappeler, tous ces artistes, ils sont une centaine au total, étaient "de" Saint-Gilles, tout comme Victor Horta. Il faudra peut-être un jour se pencher sur le rôle déterminant  d'une petite commune bruxelloise dans l'Histoire mondiale de l'art. 

(*)Visite de l'Hôtel de ville Le hall central est accessible tous les jours ouvrables pendant la matinée.L'Hôtel tout entier est ouvert le 1er mercredi du mois: visite guidée: 15h; les autres jours: sur demande écrite (3 semaines à l'avance). Fermé vendredi après-midi, samedi, dimanche, l'après-midi en juillet et août. Métro : Horta / Tram : 18, 23, 55, 81, 82, 90 / Bus : 48, 54.
(**) Nos remerciement à M. Charles Picqué, Bourgmestre de Saint-Gilles, qui nous a autorisé à photographier les oeuvres présentées ici. 

Place Van Menen
Porte du 14 place Van Meenen
Paul Vizzvona

Face à l'Hôtel de ville, la place Van Menen est bordée de nombreux immeubles aux caractéristiques Art nouveau prononcées. Au 14, Paul Vizzavona a construit en 1911 un bel immeuble à appartement où l'on retrouve tous les éléments qui ont caractérisé son style: encadrement des baies, garde-corps des balcons... .Mais c'est dans la porte monumentale, toute en métal et en verre américain, qu'éclate une fois de plus son génie.
 Au 22, Léon Janlet signe en 1913 un autre immeuble de rapport très éclectique mais on y trouve encore un peu de trace de l'Art nouveau finissant










Camille Damman, la classe

Au 43 avenue Adolphe Demeur, également  en face de l'Hôtel de ville, Camille Damman a construit  en 1906 une très belle maison Art nouveau dont, malheureusement, les sgraffites, qui auraient pu être restaurés, ont été sauvagement détruits. 



43 Avenue Adolphe Demeur . Camille Damman  (1906)
C'est un prototype bruxellois  parfait: façade étroite en briques blanches et pierres bleues toute simple pour une maison familiale. Mais, à chaque niveau, l'architecte modifie l'apparence des baies pour créer un mouvement ascensionnel qui se termine à deux fenêrtes étroites entourant un fin bow-window triangulaire lequel indique comme une flèche la direction du pignon et sa composition géométrique à la fois abstraite et symboliste. Ce pignon se termine par un mystérieux cadran de pierre semi-circulaire. La porte d'entrée avec son imposte en arc outrepassé orné d'un vitrail où des vagues japonisantes menacent l'envol d'une libellule est très très belle.
A remarquer aussi les motifs géométriques abstraits taillés dans la pierre bleue qui répondent aux fers forgés des gardes-corps des balcons. Un regret éternel: la disparition des sgrafittes qui ornaient la façade

Camille Daman a aussi construit l'année précédente (1905) une autre maison de même inspiration au n°51 avenue Adolphe Demeur. Une première ébauche en quelque sorte.
En face de cette maison, deux façades éclectiques de la même époque en briques blanches et pierre bleue (n°30 et 32). La seconde est ornée de très beaux carreaux de céramiques floraux

Opéra baroque signé Gustave Strauven 

En 1902 Gustave Strauven construit une simple maison de rapport au 9 avenue Dejaer.    
9 avenue Dejaer. Gustave Strauven (1902)
Il la transforme en un opéra baroque de brique, de pierre bleue, de verre, de bois, de fonte, d'acier, de fer forgé et de vitraux. L'avenue toute entière, malgré la percé récente due aux travaux du métro, conserve son ambiance très fin de siècle, mais l'oeuvre de Strauven lui donne une dimension quasiment surréaliste avec, pour commencer, cette baie de l'entresol comme un oeil guettant les passants. Deux consoles de pierres sculptées la traversent pour supporter l'oriel trapézoïdal aux chassis exceptionnels, différenciés à chaque niveau. Une troisième console, de fer celle-là, forgée en coup de fouet et prolongée par un pilastre d'acier, achève de créer un mouvement continu élégant jusqu'aux balcons latéraux. Et tout en haut, la porte de la toiture mansardée s'inscrit dans une fausse baie de pierre blanche qui se termine, ultime envolée, par un exubérant épi de faitage en fer forgé soutenu par deux pinacles de briques et de pierres bleues sculptées en bonnets phrygiens. Il faut le faire: par ce dernier élément, Strauven se proclame en quelque sorte, architecte révolutionnaire, voire franchement libertaire

Le couronnement exubérant du 9 Avenue Dejaer .
Un siècle est passé, mais  Gustave Strauven reste toujours aussi stupéfiant!

Deux  jumelles qui interpellent

Caractéristique des architectes Art nouveau bruxellois:
un goût prononcé pour l'asymétrie. Ces maisons sont un modèle du genre 
On peut encore admirer aux n°13 et 15 avenue Adolphe Demeur, deux maisons jumelles Art nouveau très particulières et étonnamment asymétriques. Au rez-de-chaussée, cinq fenêtres étroites et une porte bardées de fers forgés géométriques. Les cinq fenêtres sont surmontées d'un imposant bow-window supporté par deux consoles métalliques et chapeauté par un petit balcon où on accède par une double porte-fenêtre 
Au dernier étage, 7 fenêtres étroites dont les menaux sont prolongé par des consoles portant la corniche. Entre ces consoles des carreaux de céramiques à décor floral.

6 rue d'Albanie.
Au 6 rue d'Albanie, un peu plus loin, l'architecte Serrure signe une autre maison Art nouveau dont les sgraffites ont été restaurés avec soin. A remarquer ici  l'utilisation totalement  assumée  des poutrelles d'acier pour assurer la cohérence et la stabilité de l'ensemble. Une  caractéristique typique de l'Art nouveau bruxellois 





Enfin, pour ne rien rater de cet environnement exceptionnel, un regard s'impose aux six maisons classées de J.P. Van Oostveen (n° 246 à 256 chaussée de Waterloo).
Sauf le n°256 restauré (à droite sur la photo), les autres sont de véritable chefs d'oeuvre en péril. A l'heure actuelle on ne peut qu'imaginer la beauté extraordinaire de ce prodigieux ensemble d'Art nouveau géométrique.  
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Une image vaut mieux qu'un long discours pour décrire ce qui est menacé0


Camille Damman, avenue du Parc 

Pour être tout à fait complet, il vous faut encore faire un petit tour dans  l'avenue du Parc (à partir de la Barrière de Saint-Gilles  où a été installée la copie de la Porteuse d'eau de Julien Dillens. Au 38 avenue du Parc, très belle maison construite en 1907 par Camille Damman, juste en face du buste du Roi Albert. 
38 avenue du Parc, Camille Damman 1907
rt le buste du Roi Albert

Ce mélange de formes polygonales, ovales et trapézoïdales est pratiquement unique dans l'Art nouveau bruxellois et donne un caractère très particulier à cette façade. Le remarquable vitrail de l'imposte, les garde-corps des balcons, subtilement géométriques, et de très beaux sgraffites parachèvent ce véritable poème architectural.
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Au 88 avenue du Parc, le sommet de la façade est décoré d'un beau panneau de majolique


La composition est classique mais ce décor est assez rarement utilisé
aux faisans. L'ensemble de cette avenue a largement conservé son esprit "fin de siècle".
comme la rue Robie que vous pouvez prendre pour remonter vers la place Van Menen.
Chaque lundi celle-ci accueille un marché qui est devenu en quelques année un des lieux les plus branchés de la capitale. .
Il y a de nombreuses possibilité de prendre un rafraichissement ou une collation dans un des cafés ou restaurants qui se trouvent devant l'Hôtel de Ville: In Babelkot, 5 place Van Meenen est installé dans un immeuble d'époque (carreaux en céramique à décor de fleur d'héliotrope sous la corniche), au numéro 11, la Taverne Pennafidelis meublées de chaises et de table à l'ancienne. Au 39 avenue Paul Dejaer, la Brasserie de la Renaissance au décor assez déjanté (de l'Art nouveau baroque super kitchissime) et juste à côté au 41 avenue Adolphe Demeur Le café de l'Hôtel de Ville...Tout ceci à titre purement indicatif bien sûr. 




Malgré nos recherches, il ne nous a pas toujours été possible de déterminer la date du décès des architectes ou des artistes ayant réalisé une oeuvre montrée dans cet article ou de contacter leurs ayants droit. Toute précision ou information  sera immédiatement prise en compte. Sans autorisation, le ou les documents photographiques concernés seront immédiatement retirés. .